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Aventure

Mike Horn met le cap autour de l’océan Arctique

L’homme de la jungle affronte le monde de la glace à pied, en kayak, à la voile et en ski

mercredi 6 février 2002Christophe Guigueno

image 120 x 478Un homme. Seul. Et l’océan Arctique. Un traversée vers le pôle Nord. Puis une circumnavigation entre les 55° et 71° de latitude Nord… Voici le nouveau projet de l’aventurier tous terrains Mike Horn. Portrait - programme.

"Il y a eu des études de faites sur les loups : ils attaquent en bande ! Si un loup est seul, c’est qu’il est mort. Alors, c’est de la viande pour moi ! Par contre s’ils sont en meute, ils peuvent me suivre pendant plusieurs jours. Ils sentent et attendent que je sois fatigué pour attaquer. Si je suis fatigué et que je me réfugie dans ma tente, un premier loup approche et regarde par où je suis entré. Puis il décide de la stratégie et la communique à ses congénères. Avec mon fusil, je peux en tuer un ou deux ! Mais, les loups, quand ils ont faim… ils ont faim ! Cela va être une belle bagarre entre eux et moi !"

Le verbe fluide et vif malgré un français pas naturel, le Sud Africain résident Suisse Mike Horn possède des dons de compteur. Pourtant ce n’est pas sa principale qualité. L’homme est un aventurier. Il vit comme Yves Parlier… sept jours sur sept, vingt quatre heures sur vingt quatre. Et affronter une meute de loups lors d’un périple en Nord Sibérie ne fait que partie des nombreuses péripéties qui l’attendent pour son prochain challenge : faire le tour de l’océan arctique en solitaire et presque sans assistance ! Un défi de 17 mois en solitaire. Mais "si on n’y trouve pas du plaisir, on a n’a qu’à rester à la maison !"

Et Mike n’est pas du genre à rester à la maison les bras croisés. Après une formation en Sciences humaines à l’université de Stellenbosh en Afrique du Sud, puis des études de sport et de psychologie du sport, il a tout laissé tombé il y a sept ans pour se lancer des défis insensés pour le plus commun des mortels. En 1991, il s’élance en delta plane du sommet du Huascaran. Six mille sept cents mètres d’altitude ! Quatre ans plus tard, il bat le record Record #sailingrecord du monde de la descente de chute d’eau en hydrospeed. En 1997, il descend le fleuve Amazone, toujours en hydrospeed et sans assistance. Son dernier défi date de l’an 2000. Il accomplit alors son projet appelé Latitude Zéro, un tour du monde en suivant la ligne de l’équateur.

Aujourd’hui, l’homme qui se présente comme un "homme de la jungle" veut affronter le monde de la glace. "Je vais partir le 27 février du cap Arktichevsky, le point terrestre le plus Nord de l’océan Arctique." Commencera alors la "première partie : la partie échauffement ! Soit quatre mois de glace sur la banquise pour traverser l’Arctique en passant le pôle Nord en solitaire." Son parcours est divisé en points de passage. Le numéro deux est le pôle Nord dont la difficulté principale consiste à ne pas le rater. La dérive de la banquise fera glisser le marcheur et sa luge vers l’océan atlantique. Il devra toujours compenser ce décalage en surveillant attentivement son positionneur par satellite.

Autre souci, les trous dans la banquise. Ses prédécesseurs comme Jean-Louis Étienne cherchaient à éviter ces trous en les contournant. Mike veut aller au plus vite. Pour cela, il s’est inspiré des ours. "J’ai regardé comment font les ours : ils sautent dans l’eau et nagent. Alors moi j’ai conçu une combinaison d’ours !" Une combinaison de survie qu’il enfile au dessus de ses vêtements. "Cela me permet de gagner du temps car si je tombe dans l’eau glacée, je peux rester une dizaine de minutes dans cette combinaison étanche. Le problème, c’est de sortir de là où la glace a pété ! Mais sur moi, j’ai toujours des pics à glace pour me tirer. Je suis capable de faire 80 pompes vers le haut comme cela !"

Autre problème, "il y a une chiée d’ours dans cette zone là ! Alors j’ai un ’bear watch’. C’est un fil qui fait le tour de la tente. A ce fil sont attachés un pétard et une fusée qui fait de la lumière si un ours le franchit. J’espère qu’ils en auront sali leur pantalon ! Et en plus je suis armé, ce qui est obligatoire. De toute manière, je pars pour rester vivant !"

Arrivé au point trois, il quittera le Groenland pour s’attaquer à une traverser du Nord Canada. "C’est alors que ma vraie expédition commence : un parcours de 20 000 kilomètres autour de l’océan Arctique. Ce sera l’été et je commencerai ce voyage en kayak de mer. Il y a beaucoup de moustiques par là mais j’y suis habitué…" A la sortie du Canada et de l’Alaska, Mike arrivera en Sibérie. "Ce sera le début de l’hiver, quand la mer commence à geler. Il faudra que j’aille le plus loin possible. En Sibérie, c’est mieux de passer l’hiver car il y a du bois. Ce qui permet de faire du feu et de me chauffer !"

Après six mois pendant lesquels Mike entend rencontrer des Inuits et autres populations qui désertent petit à petit la zone arctique, il rejoindra le point 14. Le plus dur du voyage sera accompli. "Ce seront les vacances qui commenceront ! Je vais faire du bateau à voile ! A bord, on ne fait rien, on met le pilote automatique…" sourit encore et toujours l’aventurier dont la bonne humeur est communicante. Pour cette partie maritime du périple, il a choisi un dériveur intégral en aluminium qui peut briser la glace qu’il heurte. Il devra alors rejoindre le Groenland au plus vite. Les "problèmes de cette partie sont que soit il y a beaucoup de vent, soit il n’y en a pas du tout !"

De retour en Groenland, le marin devra rejoindre le Canada au plus vite pour terminer sa circumnavigation polaire. Il va alors troquer son bateau pour… "des skis et un cerf volant. Le record Record #sailingrecord de cette traversée est de onze jours. Mais moi je veux mettre la gomme ! Je mise sur cinq à six jours… Puis il me restera à rejoindre le bateau d’assistance et la boucle sera bouclée !"

Mike Horn
Né le 16 juillet 1966 en Afrique du Sud
Marié, deux enfants
2002 Expédition ARKTOS, en solitaire autour de l’Arctique
2000 Expédition Latitude O, tour du monde en suivant la ligne de l’équateur
1997 Descente de l’Amazone en hydrospeed
1995 Record du monde de descente de chute en hydrospeed
1991 Vol en delta plane du sommet du Huascaran (6768 m)

Site : http://www.mikehorn.com



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