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Transat Jacques Vabre

Grande victoire pour Bidégorry & Lemonchois

Premières impressions des six marins qui occupent le podium de la course à Bahia

lundi 21 novembre 2005Christophe Guigueno, Redaction SSS [Source RP]

La Transat Jacques Vabre Transat Jacques Vabre #TJV2015 2005 s’est donc terminée par la victoire du tandem Bidégorry - Lemonchois devant Le Peutrec & Guichard et Desjoyeaux & Destremeau. Retour sur les impressions de ces six marins rescapés d’une édition qui aura brisé de nombreux espoirs lors de la première tempête au large de la Bretagne...

Vainqueurs de l’IB Groupe Challenge en mai dernier, vainqueurs aujourd’hui de la Transat Jacques Vabre Transat Jacques Vabre #TJV2015 avec en prime le record Record #sailingrecord de l’épreuve, Pascal Bidégorry, Lionel Lemonchois et le Team Banque Populaire sont également sacrés Champions du Monde Orma des multicoques 60 pieds open. Une consécration encore un peu difficile pour le moment à intégrer, mais les signes de reconnaissance et les messages de félicitation suffisent aux deux marins.

Pascal Bidégorry : « Pour l’instant je n’arrive ni à réaliser que nous avons gagné la course ni que nous sommes champions du monde de la classe ORMA. Mais je suis content qu’on ait battu Cammas. À l’heure actuelle, c’est nous les meilleurs ! Par contre je suis hyper déçu que tout le monde ne soit pas là. Ce n’est pas agréable de casser les bateaux. C’est dur pour les hommes, parce que ce sont presque tous des copains. C’est dur pour les armateurs. Maintenant, est ce que c’est pour ça qu’on a gagné ? Moi, ce que je sais, c’est qu’on était toujours devant, et que ceux qui se sont retournés, ils étaient derrière, et même certains, je pense qu’il se sont retournés pour nous rattraper et qu’ils auraient dû être un peu plus patients....

On a toujours été bien dans le match. Dans le mauvais temps, on a essayé d’être régulier. L’important, c’est qu’on soit sorti du pot au noir avec 12 milles d’avance et qu’on ait 30 milles d’avance à l’Ascension. On a eu aussi chaud plusieurs fois. Dans la baston du départ, et puis surtout dans le pot au noir. On a essuyé quelques grains impressionnants ....

Cette année est incroyable. D’abord on gagne l’IB Group Challenge, on a fait aussi de très beaux grands prix et cette victoire... !

Je suis arrivé sur le projet il y a un an. On s’est mis autour d’une table avec Banque Populaire pour voir comment on pouvait travailler différemment. Pour résumer, ce résultat s’explique par des décisions prises en temps et en heure par le sponsor, une équipe technique, fiable, stable et compétente, et un bon bateau. Et ce bateau, il est top. C’est grâce à Banque Populaire qu’on a pu changer de bateau l’an dernier. C’est une mobylette ....

On a eu également nos avaries techniques. Au départ, on a eu ce problème de safran, on a aussi cassé le pied mât, on a un bras fissuré et le solent n’est pas beau à voir ... Mais, ce qui est bien avec Lionel, c’est que dès qu’il y a le moindre problème, il le règle. Lionel, il a construit des bateaux, moi j’essaie de comprendre le pourquoi du comment. Quand j’ai vu la fente du bras, je me suis dit : c’est foutu. Je la voyais s’agrandir, ça faisait couic couic . Je lui disais "c’est bizarre, ça se rapproche du mât !" Lui, il m’a rassuré. Comme pour l’histoire Histoire #histoire du safran. Lionel est un professionnel du composite, il a su juger la situation sinon je me serais arrêté. Nous sommes vraiment complémentaires. Et ce qui est important, c’est qu’on a navigué ensemble toute l’année. On a fait les entraînements, les grands Prix, les convoyages ensemble. Ca nous a permis de nous connaître et de connaître le bateau. Lionel était à bord pour l’IB Group Challenge. Pour le routage, nous nous sommes fait aider par Jérémie Beyou et Vincent Riou, ils ont été de super bon conseil. Il y avait aussi Pierre Lasnier. On travaille ensemble depuis 1996. Jérémie, c’est un de mes meilleurs amis... Ils ont fait un très très bon boulot. On est ravi de la façon dont ça s’est passé. On est arrivé à battre Michel Desjoyeaux. ça c’est bien.

Champions du monde ? Ben, Franck Cammas l’a été 4 fois en 5 ans, sauf en 2003, C’était Michel Desjoyeaux. Maintenant c’est moi. C’est la routine... Non, c’est super, géant-extraordinaire !!!

Dans un futur proche, je vais sans doute prendre des vacances en famille dans le pays basque. Mais j’ai déjà plein d’idées pour le bateau. L’avantage, c’est qu’à Lorient Lorient L’actualité du port de Lorient et de sa région. , il y a une équipe technique fiable et compétente. Ca va nous faciliter le chantier d’hiver pour ne pas faire comme l’an dernier où on a tout fait dans l’urgence...

Prêt pour le Rhum ? Faire du solitaire sur ces bateaux, c’est tellement démesuré.... Je ne sais pas si je suis prêt. Au début de cette saison, j’aurais dit la même chose pour cette course. En tout cas, ce que je sais, c’est que ce n’est pas un exercice de force mais un exercice d’intelligence. »

- Lionel Lemonchois : « Entre nous deux, ça s’est bien passé. Ca a été intense. On n’a pas lâché grand chose. L’objectif était clair depuis le départ. C’était gagner. On a travaillé dans ce sens.

On a fait toute la course en nous préoccupant des autres. Après les Canaries, on a fait attention à bien les garder derrière nous, surtout dans le Pot au noir. Ca a été une préoccupation permanente. À vrai dire, on est resté concentré d’un bout à l’autre. Depuis l’Ascension, l’ambiance est un peu plus détendue. Mais on n’a enlevé les cirés qu’hier !!!

Plus ça va dans ces courses, moins on regarde autour et on voit de moins en moins de choses. On a vu une île, on aurait dit la lune, on pourrait y tourner un film de science fiction.

Chaque course est dure. Dans ce milieu, on a une facilité à oublier les moments durs. On ne garde que les bons souvenirs et heureusement car cela nous permet de continuer.

La Transat a été dure pour les multicoques. C’est sûr. J ?aurais vraiment préféré que tout le monde soit ici à l’arrivée. »

Info Banque Populaire

Gitana 11 dauphin de Banque Populaire à Bahia

Frédéric Le Peutrec et Yann Guichard en ont donc terminé avec cette septième Transat Jacques Vabre Transat Jacques Vabre #TJV2015 , menée à un rythme infernal puisque les trois premiers trimarans sont arrivés dans un mouchoir de poche et battent nettement le temps de référence de l’épreuve avec près de quinze nœuds et demi de moyenne sur les 5 190 milles du parcours ! Gitana 11 prend ainsi une superbe deuxième place qui lui permet aussi de terminer sur la deuxième marche du podium du Championnat des Multicoques.

Le final entre l’île d’Ascension et Bahia aura été éblouissant d’intensité et de rapidité : des journées à plus de 550 milles soit près de 23 nœuds de moyenne... Et ce retour de Gitana 11 restera aussi dans les annales car, contraint de s’arrêter à Camaret le lendemain du départ du Havre, pour résoudre un problème d’hydraulique de grand voile, Frédéric Le Peutrec et Yann Guichard concédaient dès l’entrée dans le golfe de Gascogne, plus de cent milles de retard ! Un retard qui jouait aussi sur la trajectoire à suivre pour descendre vers le Pot au Noir.

Plus tard l’option à terre imposait aussi de traverser le Pot au Noir plus longtemps et à la sortie de l’équateur, Gitana 11 concédait de nouveau une soixantaine de milles sur Banque Populaire et n’avait plus que quelques milles de marge sur Géant... Le contournement de l’île d’Ascension définissait finalement la hiérarchie quasiment jusqu’à l’arrivée avec des écarts sensiblement identiques à Bahia.

- Frédéric Le Peutrec : « On est content, content d’être fatigués ! Mais avant tout nous souhaitons remercier le Baron et la Baronne Benjamin et Ariane de Rothschild. Grâce à leur confiance nous avons pu terminer l’année en beauté ! Ce résultat est également le fruit d’un vrai travail d’équipe avec tout le Gitana Team. Merci. Et enfin, une pensée pour nos amis de Gitana X qui sont toujours en mer et qui auront plein de choses à nous raconter à leur arrivée.

C’était un sacré match ! Jusqu’au bout, puisque cette dernière nuit encore, avec la position que nous avions après l’île d’Ascension, Géant pouvait nous dépasser avec la série d’empannages qu’il fallait gérer avant Bahia... Surtout qu’en sortie d’un empannage, le gennaker a explosé et il a fallu le changer « à l’arrache », à un moment où on se disait que les quelques milles que nous allions perdre, nous mettaient derrière, sur un bord de contrôle difficile à inverser. Mais en fait, au premier pointage de ce dimanche, on a eu le bonheur de découvrir qu’il avait sept milles de retard ! On avait réussi à se glisser sous Géant et c’était tant mieux...

Cela fait quinze jours que nous sommes partis, l’air de rien ! Il y a eu tellement de séquences dans cette transat que je ne me souviens pas de tout... Globalement, beaucoup d’intensité, des émotions qui sont liées à la course au large en général comme les 48 premières heures de course, avec son lot de casse, notre arrêt express à Camaret, puis des rebondissements encore avec les chavirages de Groupama-2 et de TIM... Des émotions qui font que systématiquement, on est rappelé à la réalité. Faire attention tout en allant vite parce que personne n’a rien lâché, mine de rien ! Il n’a pas fallu mollir et on est plutôt content de notre gestion des moments difficiles, parce qu’il a fallu lever le pied, et ce n’est pas facile quand les autres partent... Beaucoup de dosages finalement, car on est sans arrêt en contradiction sur ces bateaux là : est-ce qu’on va assez vite pour ne pas lâcher la tête de la flotte et d’un autre côté, est-ce qu’on ne va pas trop vite en hypothéquant nos chances ? Beaucoup d’épuisements physiques aussi. Il a fallu résoudre des équations, tout le long, pendant quinze jours, et les valider par rapport à un résultat. Car c’est toujours aussi compliqué de naviguer à 20 ou à 40 nœuds de vent... La tension est permanente ! »

- Yann Guichard : « Au bout de deux jours, nous étions un peu derrière à cause de notre arrêt technique, et il a fallu cravacher dur jusqu’à l’arrivée pour revenir au contact. Le rythme a vraiment été soutenu et il y a eu peu de moments où la vie à bord a été cool... sans stress... Surtout avec les dessalages qui ont jeté un peu le froid : on garde notre rythme mais à chaque fois, ça fait quelque chose d’apprendre qu’un bateau est à l’envers !

Pascal Bidégorry et Lionel Lemonchois ont superbement navigué et à chaque fois que nous avions une opportunité pour revenir, ils arrivaient à la combler. Certes, on a eu un petit manque de chance au Pot au Noir quand la zone de calmes nous est repassée dessus alors que nous avions un décalage dans l’Est très favorable. Mais ils sont intelligemment revenus nous accompagner : chapeau !

On a fait aussi une petite erreur au niveau de l’île d’Ascension en ne plongeant pas tout de suite et jusqu’à Bahia, il a encore fallu mettre du charbon pour contenir Géant qui avait un décalage vers le Nord intéressant par rapport à notre trajectoire. Ca n’a pas été facile, mais ce fut une très belle course, d’une forte intensité jusqu’au bout. Epuisés, mais on a pris vraiment du plaisir. Une énorme fatigue, au point que les deux derniers jours, on n’arrivait plus à dormir tellement on était épuisé. C’est paradoxal, mais la tension de la course et de la vitesse Vitesse #speedsailing ... Nous avons bien mangé et pourtant nous avons maigri, à cause des manœuvres, et je vais mettre du temps à m’en remettre. Le tempo était nettement plus soutenu que lors des deux précédentes éditions auxquelles j’ai participé. Quand il y a vingt nœuds de vent, c’est chaud à bord : on avance à trente nœuds et la moindre erreur de barre quand le copain dort, tu vas au tapis ! Intense. Super. »

Info Bénédicte Etienne / http://www.gitana-team.com

Michel Desjoyeaux et Hugues Destremau complètent le podium

Michel Desjoyeaux et Hugues Destremau se sont offerts un dernier plaisir en arrivant dans la Baie des Anges : un run à 26 nœuds pour franchir la ligne ! Une image qui nous rappelle un peu celle de l’arrivée victorieuse de Michel Desjoyeaux lors de la Route du Rhum Route du Rhum #RouteDuRhum 2002. Cette fois, Géant n’est pas premier mais troisième derrière Banque Populaire, vainqueur et Gitana XI, deuxième. Le trimaran de Port La Forêt a parcouru 5 938 milles à la vitesse Vitesse #speedsailing moyenne de 17,39 nœuds !

Le rythme à bord :
- Michel Desjoyeaux : « Je n’ai pas souvent fini une course de 15 jours avec les poignets en vrac comme aujourd’hui. Nous n’avons pas non plus eu beaucoup le temps de sécher. Il y a deux jours, on était encore en ciré. D’habitude dans le Pot au Noir, on peut prendre des douches. Avec ces bateaux là, à 25 nœuds, la douche, c’est à l’eau salée en permanence ! Sinon, nous nous sommes relayés toutes les 2 ou 3 heures. Hugues étant un bon barreur de nuit, je l’ai parfois laissé barrer pendant 3 ou 4 heures de suite. Moi, je faisais souvent le début d’après-midi. »

Le rythme de la course :
- MD : « Cette édition a vraiment été difficile. Ce parcours en double, je ne le ferai jamais en solo. A deux, tu peux pousser le bateau sans prendre trop de risques. Le but du jeu Jeu #jeu est de s’approcher des limites. En double, on y arrive en étant raisonnable. »

Le résultat :
- MD : « Le problème, c’est qu’il y a deux bateaux devant nous. Cela signifie que nous n’avons pas encore la bonne solution. Mais avant de gagner, il faut finir. C’est ce que nous avons fait. Mais puisqu’il y a deux bateaux devant nous, cela signifie peut être que nous n’avons pas assez appuyé sur l’accélérateur. »
- Hugues Destremau : « On est un peu déçu du résultat. 15 milles, c’est pas assez pour ne pas avoir de regrets. »

Les avaries en multicoques :
- MD : « La limite, ce n’est pas un trait dessiné sur une feuille de papier. Ce serait trop facile. A l’arrivée, j’ai fait un peu le pitre mais ce n’est pas des figures qu’on fait en mer. Ce que je remarque, c’est que les quatre bateaux qui arrivent on fait tout le championnat. La voile est un sport mécanique, la casse fait partie du jeu Jeu #jeu . Si on ne veut pas prendre ce risque, il ne faut pas faire de sport mécanique. Aujourd’hui, les gens voudraient de l’aventure Aventure , c’est-à-dire « au petit bonheur la chance, en espérant que ça le fasse », cela va à l’encontre de ce que veulent nos partenaires, de la rigueur, du professionnalisme, du bon usage de ce qu’ils nous allouent. »

La navigation avec Hugues :
- MD : « C’est un vrai plaisir de naviguer avec Hugues. Il te rappelle sans cesse, au cas où tu l’aurais oublié, que naviguer sur ces bateaux là est un vrai privilège. »

La navigation avec Mich Desj :
- HD : « Avec Mich, je crois que nous avons des limites proches. On réduit au même moment. On a souvent les mêmes idées. »

La navigation à bord du multicoque 60’
- Hugues Destremau : « C’est un privilège unique de naviguer sur ces bateaux. Etre tout seul sur le pont, mesurer tout ce que ça représente, l’investissement financier, l’investissement de toute une équipe... c’est incroyable. C’est pour toutes ces raisons qu’on se dit qu’il ne faut pas casser. »

Les erreurs stratégiques ou tactiques
- HD : « On perd la course entre Madère, les Canaries et le Cap Vert. Un bord de reaching où il fallait être à fond. C’est ce qu’a fait Banque Populaire mais il a mis la barre très haute. »
- MD : « Nous avons aussi fait une erreur ce matin. Nous avions la porte grande ouverte par rapport à Gitana XI. Nous n’avons pas percuté assez vite sur l’opportunité qui nous était offerte. On s’est fait avoir. D’autant que nous ne savions pas que Gitana XI avait un problème de gennaker. »

L’état du bateau à l’arrivée
- MD : « Le bateau est nickel. Du moins, nous n’avons rien vu d’anormal mais nous n’avons pas non plus tout inspecté. Par exemple, nous n’avons pas regardé le dessous des bras. Mais nous n’avons pas déchiré de voile, pas cassé une latte. On a fait du bateau à voile, c’était sympa ! »

La première de Hugues
- HD : « Pour moi, c’était une première transat à bord d ‘un multi 60 Multi 60 #ORMA ’. Quand on navigue la nuit à 30 nœuds avec comme seul repère les yeux rivés sur les compteurs, cela fait accélérer le palpitant ! Une fois, de quart, j’ai fait une grosse bêtise. On a failli foutre le bateau sur le toit. Il y avait seulement 15 nœuds de vent. Là, on se dit qu’on est vraiment sur le fil en permanence. »
- MD : « Après ça, il a compris à quoi ça servait de choquer l’écoute de gennaker. Et il a ramené les écoutes au taquet près de la barre ! »
- HD : « Mais la première chose que je devrais dire, c’est le bonheur que j’ai ressenti du début à la fin de cette transat. Vraiment, cette transat Jacques Vabre a été un GRAND MOMENT DE BONHEUR ! »

Agence Effets Mer


Classement des trimarans Orma pour la Transat Jacques Vabre

- 1-Banque Populaire (Pascal Bidégorry & Lionel Lemonchois) en 14 jours 01 heure 46 minutes 29 secondes soit 15,37 nœuds.

- 2-Gitana 11 (Frédéric Le Peutrec & Yann Guichard) en 14 jours 04 heures 50 minutes 15 secondes soit 15,23 nœuds, à 3 heures 03 minutes 46 secondes du premier

- 3-Géant (Michel Desjoyeaux & Hugues Destremau) en 14 jours 05 heures 27 minutes 44 secondes soit 15,20 nœuds, à 3 heures 41 minutes 15 secondes du premier

Gitana X est attendu mercredi à Bahia et devrait prendre la 4e place de la course



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