dimanche
25
janvier
2009

VENDÉE GLOBE • J 77 : 1100 milles dans l’ouest des Canaries • Le Cléac’h passe l’équateur • Desjoyeaux - Jourdain - Le Cléac’h

Armel le Cléac’h a franchi l’équateur samedi à 19h45. Ils sont désormais trois larrons à ferrailler dans hémisphère nord, à 500 milles d’intervalle. Pour Michel Desjoyeaux au large des Canaries, Roland Jourdain à l’ouest du Cap Vert et Armel Le Cléac’h au sortir du pot au noir, l’itinéraire est pratiquement balisé jusqu’aux Sables d’Olonne. Même conjoncture météo, même combat et vraisemblablement même hiérarchie sur la ligne d’arrivée en Vendée.

Le classement de 16 heures

- 1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 2041,1 milles de l’arrivée
- 2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 499,9 milles du leader
- 3- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 1038,6 milles
- 4- Marc Guillemot (Safran) à 2101,8 milles
- 5- Samantha Davies (Roxy) à 2154,1 milles
- 6- Brian Thompson (Barhain Team Pindar) à 2428,5 milles
- 7- Dee Caffari (Aviva) à 2488 milles
- 8- Arnaud Boissières (Akena Vérandas) à 2941,2 milles
- 9- Steve White (Toe in the Water) non localisé au classement
- 10- Rich Wilson (Great American III) à 5210,5 milles
- 11- Raphaël Dinelli (Fondation Ocean Vital) à 6982,8 milles
- 12- Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) à 7070 milles

Le pot au noir s’est montré bienveillant avec Armel Le Cléac’h. Est-ce parce qu’il est devenu, en l’absence de Jean Baptiste Dejeanty, le cadet des concurrents encore en course (31 ans) ? Est-ce parce qu’il demeure le premier bizuth du classement ? Ou bien parce qu’il n’a jamais omis, à chaque passage symbolique, de respecter la tradition en partageant avec Neptune sa petite bouteille de champagne ? A ces arguments extravagants, les prévisionnistes de Météo France opposeraient certainement une version plus cartésienne… Il n’empêche, Armel Le Cléac’h s’est offert une traversée sans douleur de la zone de convergence intertropicale, contrairement à son devancier Roland Jourdain. En franchissant ce périmètre de non droit sans s’arrêter, il consolide aussi sa position sur la troisième marche du podium provisoire, une place également convoitée par Marc Guillemot.

Mais en dépit de ses 82 heures de bonus accordées par le jury (pour compenser son arrêt auprès de Yann Eliès), la tâche devient de jour en jour plus difficile pour Marco. Car malheureusement, cette remontée de l’Atlantique sud - une des portions du parcours les plus étudiées par les coureurs - s’avère aussi complexe que contrariante.

La preuve : les progressions erratiques de Marc Guillemot le long des côtes brésiliennes, et de Samantha Davies, plus au large. Les deux navigateurs viennent de vivre une semaine laborieuse entre anticyclone et lignes de grains. Sortis la nuit dernière de ce quartier incertain, ils ne seront que très maigrement dédommagés de leur frustration. Les alizés sensés les emmener jusqu’à l’équateur sont plus que mollassons, avec tout au plus 10 à 15 nœuds de vent. Les éléments ont été bien plus généreux avec Brian Thompson et Dee Caffari qui ont allongé la foulée vent de travers ces dernières 48 heures. Bonheur éphémère. Les voici tout deux confrontés à la situation que viennent d’endurer Guillemot et Davies. Cette nuit déjà, le skipper de Bahrain Team Pindar s’est retrouvé totalement arrêté sous un nuage…au pointage de 16h00, il n’avançait plus qu’à 7 nœuds et Dee Caffari à 5.

Et quid d’Arnaud Boissières, désormais bel et bien ’semé’ par ses anciens camarades de jeu britanniques ? A bord d’Akena Véranda, il s’apprête à passer plusieurs jours au près dans des vents médium. Même sanction pour Steve White, mais en version musclée. Le marin britannique n’est pas des plus vernis : il est peut-être celui qui a le plus navigué face au vent depuis le départ de ce Vendée Globe !

Cette remontée de l’Atlantique qui fleure bon le retour à la maison semble vouloir faire durer le plaisir sur une flotte pourtant impatiente d’accélérer. Mais cette accélération est surtout promise aux hommes du Pacifique qui profitent de vents portants plus soutenus, qu’il s’agisse de Rich Wilson, à 200 milles du cap Horn, ou du tandem Dinelli/Sedlacek, en approche de la dernière porte de sécurité.

« La messe est dite », parole de Michel Desjoyeaux, qui, à l’instar de tous les pronostiqueurs, ne voie pas comment la course pourrait lui échapper. Pourtant, par sagesse, expérience ou superstition, le marin de Port La Forêt se garde bien d’exulter prématurément. L’esprit libéré par ses 500 milles d’avance, mais néanmoins concentré sur le matériel, Mich’ Desj’ prône et applique une navigation « zen » au voisinage de l’anticyclone des Açores. Pendant 48 heures, le bateau blanc devrait être ralenti, le temps de traverser la dorsale. Ensuite, en route pour de belles glissades émaillées d’empannages au gré d’un flux perturbé venu de Terre Neuve. Voilà le programme du leader jusqu’à la ligne d’arrivée vendéenne… samedi ou dimanche prochain.

"Bilou expérimente actuellement les mêmes conditions que celles rencontrées par Michel Desjoyeaux deux jours auparavant : une navigation peu confortable dans des alizés très capricieux en force et une mer formée. Même conjoncture donc peu de conjectures : le skipper de Veolia Environnement n’a pas d’autre choix que de calquer sa stratégie sur celle de son prédécesseur : il devrait emprunter la même route pour contourner l’anticyclone, puis filer au portant vers les Sables d’Olonne.

Voix du large…

- Michel Desjoyeaux (Foncia) : « L’arrivée, c’est sûr qu’on y pense, mais il peut se passer tellement de choses, je n’ose pas trop et disons que je cache ma joie. En ce moment, comme on est vent de travers, je devrais être avec toute la dérive en bas, mais je laisse la quille faire le boulot, comme ça si on a un objet flottant un peu dur, c’est la quille qui prendra et pas la dérive : je n’aurai pas de trou dans mon bateau. Voilà un peu les préoccupations du bord. Je suis plus décontracté face à la performance et au classement : cela pris, sans aucune considération autre, je pense effectivement que la messe est dite. En plus, j’ai un enchaînement météo assez sympa qui m’attend. Les considérations de sécurité, on est obligé de les avoir, mais ce qui me détend, c’est d’avoir 500 milles d’avance en cas de souci technique. C’est trop con de faire un excès de zèle et de courir comme un dératé, je reste zen. »

- Roland Jourdain (Veolia Environnement) : « J’évite juste que ça tape, mais il n’y a pas trop de changement de voile à faire, c’est plutôt ambiance sous toilé, parce que le terrain est vraiment cabossé. Ce n’est pas très agréable. En ce qui concerne mes réparations, il y a des petits craquements, mais ce sont des craquements de bonne humeur… Le côté réparé est sous le vent, ce qui est positif. Pour m’adapter aux variations du vent (ça peut varier de 15 nœuds d’un coup, sans que le ciel ne change de couleur !), je modifie ma route avec le pilote. J’ai la zapette en permanence à la main, et ça marche très bien comme ça. »

- Armel Le Cléac’h (Brit Air) : « On est en train de passer le Pot au Noir assez rapidement, ça a l’air d’aller. Il y a des éclaircies. Le vent est dans le bon sens, du Nord-Est, ça commence à fraîchir un peu. J’ai réduit un peu la voile car ça commence à taper ici. Les conditions vont donc être un peu plus mouvementées dans les prochains jours. Sinon, il fait toujours chaud, c’est même un peu ambiance sauna à bord, mais ça devrait aller mieux. Il y en a qui ont eu de la chance lors de la remontée de l’Atlantique Sud, et moi c’est dans le Pot au Noir que c’est sympa. Chacun son petit avantage… »

- Marc Guillemot (Safran) : « C’est fatigant en ce moment, surtout qu’au près, c’est la configuration la pire pour mon bateau avec les ailes coupées. Je ne suis pas très à l’aise pour remonter. On a touché un petit peu de vent depuis hier soir, mais je suis bien en dessous de ma vitesse normale. Je me suis un peu écarté de la côte : pas de pêcheurs, pas trop de cargos, c’est bien plus libre maintenant. Mais hier, j’ai dû faire deux empannages pour éviter des lignes de pêche. Après, alors que j’avançais à cinq ou six nœuds, les pêcheurs sont venus me voir et m’ont indiqué de quel côté passer. Ils étaient ravis que je ne vienne pas dans leurs lignes dérivantes, et moi, de ne pas devoir refaire d’empannages. Cette nuit j’ai pas mal écrasé et j’ai pu récupérer un petit peu, mais je suis encore crevé. »

Mots-clés : Mono 60 Vendée Globe

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