samedi
13
décembre
2008

VENDÉE GLOBE • J 34 : Océan Indien • 600 milles dans l’est des Kerguelen • Wavre et Stamm out • Dick - Jourdain - Golding

En moins de 24 heures, les deux navigateurs helvètes de ce Vendée Globe ont été victimes d’avaries sérieuses. Dominique Wavre est hors course depuis qu’il a atteint Port-aux-Français à 13h30 samedi pour réparer sa tête de quille cassée. Et Bernard Stamm n’est pas très optimiste sur sa capacité à réparer seul les articulations de ses safrans endommagées. En tête, Jean-Pierre Dick conserve la main devant le duo Jourdain/Golding, ex-æquo à 41,1 milles.

Pour gagner le Vendée Globe, il faut d’abord le terminer ! Cette Lapalissade rappelle surtout à quel point le Vendée Globe reste la plus éprouvante des courses au large en solitaire, aussi bien pour le marin que pour sa monture. Une course à élimination. La casse fait partie intégrante des risques auxquels sont confrontés les solitaires. C’est une véritable épée de Damoclès qui, à chaque choc dans une vague, à chaque sortie de route, peut s’abattre irrémédiablement. Après un choc avec un mammifère, Marc Guillemot (Safran) a raconté avoir vécu une grosse frayeur. D’autres solitaires comme Eliès, Dejeanty, Thompson ou Malbon ont relaté récemment d’inquiétants empannages involontaires qui peuvent se traduire par des casses importantes. La mer furieuse et désordonnée, avec des creux de 6 à 8 mètres, peut envoyer n’importe quel bateau au tapis.

Si Bernard Stamm ne peut réparer seul ses safrans, cela portera à quatre le nombre de concurrents hors course en moins d’une semaine après le Basque Unai Basurko (Pakea Bizkaia, safran), dimanche, Loïck Peyron (Gitana Eighty, démâtage), mercredi et le Suisse Dominique Wavre (Temenos II, quille) aujourd’hui. Et à neuf depuis le départ après Bestaven, Pavant, Thiercelin (démâtages), Thomson (structure) et Beyou (gréement). Stamm, qui avait fait demi-tour après le départ suite à une collision avec un cargo, n’est pas très confiant quant à sa capacité à réparer. Les articulations de ses safrans sont composées de roulements à crayons. Ces crayons sont écrasés, cassés. Le Suisse a mis le cap sur l’Australie avec la possibilité de s’arrêter en cours de route aux Kerguelen si besoin. A 16h, ces îles françaises qui font partie des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises) étaient distantes de 230 milles dans son nord-ouest.

Dominique Wavre, pour sa part, est arrivé aux Kerguelen samedi à 13h30 et a déclaré son abandon peu après. Il compte y réparer provisoirement sa quille afin de rejoindre plus tard l’Australie avec un appendice bloqué en position verticale. Mais le marin helvète attendra pour cela que le très mauvais temps prévu sur zone dans les prochaines 48 heures soit passé.

Du brouillard, des températures glaciales ou des grains à 60 nœuds. Chaque concurrent décrit l’atmosphère dans les 50es Hurlants à sa façon. Seul point commun, l’aspect à la fois inhospitalier et magique de ces latitudes australes peuplées uniquement d’oiseaux marins, de poissons et d’icebergs. En tête de course, Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) s’affirme en nouveau patron de la course. Mise à part l’incursion en tête de Sébastien Josse (BT) sur un classement mercredi, le skipper niçois mène la flotte depuis maintenant une semaine. Sans faire de bruit, Roland Jourdain (Veolia Environnement) et Mike Golding (Ecover) restent à porté de fusil du leader. Si les écarts se sont accentué par l’avant, les dix premiers se maintiennent encore dans un rayon de 300 milles. Rien de majeur après 34 jours de mer…

Les 5 premiers au pointage de 16h00
- 1- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 14744 milles de l’arrivée
- 2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 41,1 milles du leader
- 3- Mike Golding (Ecover) à 41,1 milles
- 4- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 67,6 milles
- 5- Sébastien Josse (BT) à 100 milles

Sélection internationale
- 11- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 800 milles
- 12- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 823 milles
- 13- Samantha Davies (Roxy) à 875 milles

Voix du large…

- Dominique Wavre (Temenos II), dans l’archipel des Kerguelen : « ça va moyen. Le bateau est blessé. Mais je suis soulagé de m’en être bien sorti. J’étais à pleine vitesse lorsque la tête de quille a cassé et que le bateau s’est couché. J’ai abattu, roulé le gennaker et affalé la grand-voile. Puis j’ai remis en route tout doucement. La quille est libre, elle pendule sous le bateau et si elle s’angule seule de plus de 40°, cela peut abîmer le fond de coque et faire couler le bateau. J’ai fait mon deuil de ce Vendée Globe. J’arrive dans la Baie du Morbihan (Kerguelen, ndlr). On va essayer de réaliser une immobilisation provisoire de la quille, puis profiter d’une bonne fenêtre météo pour rejoindre l’Australie. On va d’abord laisser passer le mauvais temps prévu pour les deux prochains jours. Je voudrais remercier tous les gens qui m’ont soutenu et envoyé des messages d’encouragements cette nuit. »

- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) : « Mes safrans ne sont pas cassés, mais ce sont les roulements au niveau des fixations qui présentent une usure anormale. Ce sont comme des roulements à bille, avec des crayons. Et ces crayons sont mâchés, cassés. Faut que je fasse le tour de la question, mais pour l’instant, je ne vois pas de solution. »

- Roland Jourdain (Veolia Environnement) : « Il y a toujours du vent, entre 25 et 35 nœuds. Ces variations de vent donnent du travail. On n’a jamais la bonne combinaison de voiles ! Je n’aime pas les mers qui sollicitent les bateaux. Cela demande beaucoup de manœuvres. Je ne trouve pas que Jean-Pierre Dick pousse trop la machine. Il y a des allures où certains bateaux sont très à l’aise. Et JP a une sacré expérience sur son bateau. »

- Jean Le Cam (VM Matériaux) : « C’est la mer qui limite la vitesse du bateau et le choix qu’on fait d’appuyer sur la pédale. " Je confirme qu’il fait froid, 4°C. Dehors, ce sont des seaux de flotte en permanence qui passent sur le pont. Quand on manœuvre, on est obligé de ralentir un peu le bateau à cause des paquets de mer. »

- Vincent Riou (PRB) : « La visibilité est nulle. Il y a du brouillard. La mer est à 2°C, l’air à 6°C et il y a 30 nœuds de vent. Je pensais que les conditions seraient plus clémentes après les Kerguelen, mais va falloir attendre encore un peu. On pourra arrêter la vigilance des glaces demain à l’approche de la porte australienne. »

- Marc Guillemot (Safran) : « Tout va bien, fraîchement à bord. J’ai remonté la pente après une grosse frayeur. J’ai touché l’autre jour un mammifère marin à 17 nœuds. Le bateau s’est arrêté net à 3-4 nœuds. Les safrans se sont relevés. J’ai roulé le gennaker en catastrophe. Ce n’est pas évidemment. J’ai mis une nuit pour m’en remettre ! »

- Armel Le Cléac’h (Brit Air) : « Un front est passé avec des vents de 35 nœuds. Ça avance bien. La mer est un peu plus organisée qu’aux Kerguelen. Le bateau glisse mieux dans les vagues. L’ambiance est assez fraîche. Il fait 4-5°C et la mer est à 3°C. On a du mal à se réchauffer les mains et les pieds après les manœuvres. Je suis content quand je démarre le moteur pour recharger les batteries. Cela fait un peu de chaleur dans l’habitacle et permet de faire sécher le bonnet et les chaussettes. »

- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) : « J’ai opté pour une route au nord des îles (Kerguelen, ndlr) pour éviter le centre de la dépression qui arrive. Je vais peut-être les voir car je prévois un passage à 5 milles des îles. Je suis parti en vrac à 80°. J’ai réussi à abattre en actionnant la quille. Cinq minutes plus tard, le bateau est parti au lof. J’ai des soucis avec le pilote, qui décroche. Je crois qu’il s’agit d’un fil qui fait un faux contact. Je veux éviter cela lors du coup de vent. Je profite du calme actuel pour réparer et préparer le bateau en vue du baston attendu. »

- Arnaud Boissières (Akena Vérandas) : « J’ai empanné plusieurs fois la nuit dernière. Il y avait encore une grosse mer ce matin. Mais les conditions sont plutôt agréables car il y a un grand soleil. C’est super sympa d’être dehors au soleil. Mais cela ne va pas durer. Le vent devrait sérieusement monter dès ce soir. »

- Jonny Malbon (Artemis) : « Je suis épuisé ! Un front passe sur nous avec des vents de 40 nœuds et des rafales à 60 nœuds. J’avançais encore à 25 nœuds sous trinquette et quatre ris ! Je craignais que le mât ne tombe. Sur le pont, c’était effrayant. Un grain est arrivé avec le front et ç’a duré pendant trois heures. Je n’ai pas dormi hier soir ni la veille et je suis donc complètement épuisé. J’ai bien mangé et ai bu pas mal de tasses de thé. J’espère pouvoir me reposer bientôt. »

Mots-clés : Mono 60 Vendée Globe

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