lundi
21
novembre
2005

Transat Jacques Vabre : Bidégorry & Lemonchois vainqueurs dans la catégorie des trimarans Orma • Le Peutrec & Guichard seconds • Desjoyeaux & Destremau troisièmes

• 22h : Avec seulement trois heures et trois minutes de retard sur le vainqueur des trimarans Orma, Banque Populaire, Frédéric Le Peutrec et Yann Guichard réalisent un très beau parcours. Ils avaient en effet dû faire une escale technique à Camaret dès le lendemain du départ du Havre qui leur avait coûté non seulement soixante milles de retard mais surtout un décalage météorologique qui s’avéra plus tard, décisif dans ses choix stratégiques. Car en se démarquant des leaders le long des côtes africaines après avoir traverser l’archipel des Canaries, Gitana 11 est revenu très fort sur les deux premiers au niveau du Pot au Noir. « Coupant le fromage » très à l’Est de Banque Populaire et de Géant, le trimaran bleu prenait même quelques heures la tête de la course…

Mais dans une zone de calme plus étendue en raison de cette option, Frédéric Le Peutrec et Yann Guichard concédaient de nouveau une soixantaine de milles au duo vainqueur. La bataille se jouait alors avec Géant qui optait pour un passage de l’équateur plus à l’Ouest et au contournement de l’île d’Ascension, Gitana 11 n’avait plus qu’une vingtaine de milles de marge sur Michel Desjoyeaux et Hugues Destremau. Le sprint final pour rallier Salvador de Bahia au portant dans les alizés de Sud Est était donc plein de rebondissements à chaque empannage, Géant ayant choisi de suivre au plus près la route directe, tandis que Gitana 11 lofait pour suivre la trajectoire de Banque Populaire. A l’arrivée au Brésil, les deux trimarans Orma n’étaient plus séparés que d’une quinzaine de milles, un peu plus d’une demie heure !

D. Bourgeois / Pen Duick / TJV

Gitana 11 :
- Date d’arrivée : dimanche 20 novembre 2005 à 18h 50’ 15’’ TU
- Temps de course : 14 jours 04 heures 50 minutes 15 secondes
- Moyenne orthodromique (par rapport à la route directe, soit 5 190 milles)  : 15,23 nœuds

Géant :
- Date d’arrivée : dimanche 20 novembre 2005 à 19h 27’ 44’’ TU
- Temps de course : 14 jours 05 heures 27 minutes 44 secondes
- Moyenne orthodromique (par rapport à la route directe, soit 5 190 milles)  : 15,20 nœuds

• Les réactions des navigateurs

- Fred Le Peutrec. « C’était un sacré match jusqu’au bout ! Beaucoup d’intensité, des émotions… Bravo à Pascal et Lionel (Bidégorry et Lemonchois) qui ont fait une navigation tellement limpide… De notre côté , on est plutôt contents, il y a eu beaucoup de dosage à faire, on a su lever le pied quand il le fallait et gérer au mieux. Voilà deux ans j’étais arrivé avant-dernier avec un bateau meurtri, plein d’eau, là à part un gennaker déchiré cette nuit, le bateau est nickel et on est deuxième. C’est plutôt bien ! C’est mon premier grand résultat de skipper au large. »

- Yann Guichard : « Le gros temps ? Le problème n’est pas là, c’est quand tu as 20, 25 nœuds de vent et que tu marches à 30 nœuds que la moindre erreur de barre peut se payer par un décalage, car tu es à la limite. Mais c’est ce qu’on aime aussi, ces engins sont fabuleux, on est très fatigués, tellement fatigués qu’on n’arrive plus à dormir, mais il y a eu tellement de plaisir. Pour rien au monde je ne changerais de bateau, ces trimarans sont tellement extraordinaires ».

- Michel Desjoyeaux. « L’avantage quand vous naviguez avec Hugues Destremau, c’est que toute les 10 minutes il vous rappelle qu’on a une chance extraordinaire de naviguer sur ce bateau là, que plein de gens voudraient être à notre place… comme si je ne le savais pas déjà ! Sinon, je remarque que le podium de cette Transat Jacques Vabre est celui du championnat Orma 2005 et, dans le désordre, celui de l’IB Group Challenge. C’est juste des statistiques, ce n’est pas si simple que ça (rires) ! La casse ? Si vous ne voulez pas de casse, alors il faut arrêter les sports mécaniques. Les erreurs de pilotage, les sorties de route, ça existe. Je me souviens d’un Grand Prix de F1 du Brésil où seulement deux voitures étaient arrivées et le troisième pilote à l’hôpital… »

Hugues Destremau : « C’est un immense privilège de naviguer sur ces trimarans, il y a tellement de technologie, de matériaux, tellement d’énergie humaine concentrés là-dedans… c’est un tel plaisir ! Ce sont des bateaux de barjots dans le sens où on est très vite à la limite, sur le fil. Notre force avec Michel c’est qu’on s’entend super bien et qu’on a une grande conscience du risque. On a su lever le pied quand il fallait et ne pas se mettre dans le rouge… Parfois la nuit, seul sur le pont à trente nœuds, les yeux sur les compteurs tu te dis que là il ne faut pas faire de bêtise, ça fait monter le palpitant mais quel plaisir… Il y a des moments où je me suis demandé si c’était bien raisonnable, c’est vrai, je n’ai pas la réponse. En tout cas, c’était ma première transat’ en double sur un multi comme ça et je suis super heureux. Si l’occasion se présente de recommencer, pas de problème, je suis candidat ! »

• 17h : Si Pascal Bidégorry et Lionel Lemonchois sont en tête de la flotte depuis les Canaries (à l’exception de quelques heures lors du passage du Pot au Noir), ils n’ont jamais eu course gagnée car la pression n’a cessé d’être forte dans leur tableau arrière, en particulier quand le trimaran a connu des problèmes de fissure sur son casque de safran central après Madère. L’incident avait même incité le duo à envisager une escale technique à Do Sal (Cap Vert) avant de se raviser sous la pression de Géant et de Gitana 11, bien revenus au contact, et en observant que le problème ne s’aggravait plus outre mesure. Mais l’entrée du Pot au Noir n’a pas été très favorable à Banque Populaire qui a perdu beaucoup de son avance dans cette zone de vents instables : de près de cent milles sur Géant, l’écart est devenu négatif quelques heures face à Gitana 11 au large de l’Afrique !

Le duo ne franchissait finalement l’équateur qu’avec quarante milles d’avance sur deux poursuivants extrêmement pressants et après plus de 900 milles contre le vent pour aller contourner l’île d’Ascension, Pascal Bidégorry et Lionel Lemonchois arrivaient alors à mettre un peu plus d’espace pour le dernier sprint final de 1300 milles avec soixante nautiques d’avance. Les alizés étant bien établis, cette dernière partie ne semblait plus pouvoir permettre de retournement de situation, sauf qu’il ne fallait pas casser, ni rater une manœuvre et espérer que les vents ne mollissent pas sur l’atterrissage au Brésil. Et bien que les alizés s’essoufflaient un peu à l’approche de Bahia, Banque Populaire augmentait son avance sur ses deux poursuivants pour terminer avec environ quatre heures de décalage face à Gitana 11 et six heures sur Géant.

Pascal Bidégorry et Lionel Lemonchois remportent donc non seulement la septième édition de la Transat Jacques Vabre mais détiennent désormais le meilleur temps sur ce parcours de 5 190 milles entre Le Havre et Salvador de Bahia avec une moyenne proche de quatorze nœuds et demi par rapport à la route directe ! Banque Populaire s’adjuge aussi sa deuxième victoire de la saison Orma après l’IB Group Challenge (Lorient-Nice) en mai dernier, ainsi que le Championnat des Multicoques Orma 2005. Un parcours parfait pour le nouveau skipper basque Pascal Bidégorry sur un nouveau bateau, puisque Banque Populaire n’est autre que l’ex-Bayer CropScience (de Frédéric Le Peutrec en 2002-2003), totalement revisité cet hiver à Lorient.

Banque Populaire
- Date d’arrivée : dimanche 20 novembre 2005 à 15h 46’ 29’’ TU
- Temps de course : 14 jours 01 heure 46 minutes 29 secondes
- Moyenne orthodromique (par rapport à la route directe, soit 5 190 milles) : 15,37 nœuds

• 14 h : Bidégorry & Lemonchois devraient apercevoir Bahia vers 16h

Elle n’en finit plus cette Transat Jacques Vabre pour les multicoques 60 pieds ! « Chaque minute paraît des heures. On regarde passer les milles » avoue Yann Guichard sur Gitana 11. « Cela ne va pas assez vite, je suis impatient d’arriver » déclare de son côté Pascal Bidégorry sur Banque Populaire. Pourtant, les trois premiers multicoques devraient battre le record de l’épreuve, détenu depuis 2001 par Franck Cammas et Stève Ravussin en 14 jours 09 heures 03 minutes.

Avec son compère Lionel Lemonchois, Pascal Bidégorry se sera avalé les 5190 milles du parcours en à peine plus de 14 jours. Mais « ces 14 jours de mer ont été sollicitant pour le bateau et les bonshommes. On sera soulagé d’arriver » raconte Michel Desjoyeaux (Géant). D’autant que cette dernière journée n’est pas une promenade de santé pour les deux équipages à la poursuite de Banque Populaire. Depuis Ascension, Gitana 11 occupait la deuxième place. Mais cette nuit, Géant s’est glissé devant son adversaire et comptait 34 milles d’avance au lever du jour. Presque simultanément, les deux duos ont connu un problème de gennaker qui les a obligés à beaucoup manœuvrer. Sur Gitana 11, la voile d’avant s’est déchirée. Sur Géant, c’est l’émerillon qui tient la voile qui a cassé. Un peu dépité ce matin, Fred Le Peutrec a retrouvé le sourire lorsque le vent a enfin tourné dans le sens qu’ils attendaient, leur permettant de recroiser devant Géant avec une quinzaine de milles d’avance. Cette régate très serrée entre les deux bateaux va durer jusqu’à Salvador où moins d’une heure devrait séparer les deux trimarans.

Le prochain monocoque 60 pieds n’est attendu que lundi après-midi. Hervé Laurent et Laurent Massot (UUDS), sur leur vieux monocoque mis à l’eau en 1994, ont réalisé un beau parcours et vont tout faire pour maintenir Anne Liardet et Mirranda Merron (Roxy) dans leur sillage. Côté 50 pieds, le premier monocoque, Gryphon Solo (Harris-Hall) se trouve actuellement dans le pot au noir et franchira l’équateur demain.

Loïc Le Bras

Extraits des vacations de dimanche

- Pascal Bidégorry (Banque Populaire) : « On fait encore des pointes à 28 nœuds. Ça va chaudement, surtout après avoir mis en marche le moteur pour recharger les batteries. Il va falloir faire une petite toilette avant l’arrivée. Il nous reste juste deux “câlinettes“ (lingette pour bébé, ndlr), une pour Lionel une pour moi… On est encore à 64 milles (vers 12h, ndlr) je suis impatient, cela ne va pas assez vite. Je suis un éternel inquiet. On ne sait jamais tant que la ligne n’est pas franchie. Pour l’instant, on est à 15 nœuds sous gennak’, et on n’a pas la pression des suivants. C’est ma première saison. Je suis vraiment content de l’équipe qui est performante, avec beaucoup de chaleur humaine. On a une chance inouïe. Ce sont des bateaux exceptionnels. Il n’y a pas d’autres bateaux qui apportent autant de plaisir. Certes, ce sont des bateaux exigeants, mais ce sont les plus beaux bateaux du monde. Et j’ai la chance d’être le skipper sur l’un de ces bateaux. »

- Yann Guichard (Gitana 11) : « On ne s’en sort pas trop mal finalement, après toutes ces péripéties. On a explosé un gennak’ ce matin. Cela a entraîné beaucoup de manœuvres, c’est un peu fatigant. Les dernières heures sont longues. Chaque minute paraît des heures. On regarde les milles passer. On vient d’empanner, et maintenant on fait route directe. Il faut barrer tout le temps, on ne se repose pas. Il commence à y avoir des cargos. On est très fatigué mais encore lucide. On n’est pas les seuls à avoir eu des ennuis, tout le monde a été servi. Mich’ veut autant que nous la deuxième place. Si on arrive tard, le vent va mollir. Rien n’est fait. 20 milles d’avance, cela correspond à 3/4 d’heure. C’est sûr qu’on préfère être à notre place qu’à celle de Mich’. Je ne pense pas encore à l’arrivée, on a la tête pour le bateau. »

- Michel Desjoyeaux (Géant) : « Ça se passe pas mal. On a fait un dernier empannage au lever du jour. On a cassé l’émerillon inférieur du gennak’. Pendant une heure, on était sans gennak’, le temps de remplacer la pièce. Au lieu de croiser juste derrière Gitana 11, on est passé à 15 milles derrière. Depuis l’Ascension, on a pas mal tiré sur le bateau et le gennaker. On n’est pas resté traîner en chemin. Même à 25-30 nœuds, c’est un bateau qui reste tranquille, très marin, très sain, très agréable, pas stressant du tout. On sera soulagé d’arriver. Ces 15 jours de mer ont été sollicitant pour les bateaux et les bonshommes. Ce podium, on va s’en satisfaire. Il y a deux ans, pour la première transat de Géant, on avait fini 4e. Avec Hugues, cela s’est super bien passé. On continue à rigoler ensemble. Il nous reste 160 milles, on pense y être vers 19hTU, mais cela devrait mollir en fin de journée. On aimerait bien arriver avant la nuit. »


• 8h : Fred Le Peutrec (Gitana 11) est déçu et ne le cache pas. Avec Yann Guichard, à défaut de rattraper des leaders insaisissables, ils espéraient au moins conserver leur deuxième place. Mais la dernière nuit de course n’a pas répondu à leurs attentes. Le vent a faibli de leur côté, au sud, et a permis à Michel Desjoyeaux et Hugues Destremau (Géant) de reprendre cette deuxième place perdue avant Ascension.

« Ça ne va pas terrible, on est en train de se faire allumer » reconnaissait Fred Le Peutrec dimanche matin. « On attendait un alizé plus fort et plus à droite, en fait, ce fut le contraire. Et ça a donné raison à ceux placés sous le vent. Depuis qu’on a passé Ascension, on est mal placé. Il aurait fallu glisser tout de suite après l’île… » Desjoyeaux et Destremau ont donc réalisé la bonne opération de la nuit. Hugues Destremau l’avait prédit samedi matin : « Nous, on joue la pression, les autres l’angle du vent. » Mich’ et Hugues n’ont pas empanné une seule fois depuis le passage de l’île britannique, tandis que Gitana 11 a changé deux fois d’amure et Banque Populaire trois fois. Le tandem de Banque Pop’ fait désormais route directe vers Salvador de Bahia qu’il devrait atteindre en grand vainqueur dans l’après-midi. Encore à moitié endormi, Pascal Bidégorry relatait ce matin un petit incident d’hier qui les pousse à rester vigilant jusqu’au bout.

« Hier, on a perdu deux heures à repasser une drisse de gennaker dans le mât. On s’est retrouvé avec le gennaker dans l’eau ! C’est pour ça qu’on a perdu plus de 30 milles. Depuis, on a resserré les boulons. On reste très vigilant. Lorsqu’on n’aura plus que 60 milles à parcourir et qu’on aura toujours 60 milles d’avance, je serai plus détendu… Sinon, on a fait une belle course, je pense, notamment dans la gestion du bateau. Je suis très content pour toute l’équipe. » Si les boulons restent bien serrés, Banque Populaire devrait remporter cet après-midi la septième Transat Jacques Vabre après 14 jours de mer. Pascal Bidégorry et Lionel Lemonchois succèderaient alors à Franck Cammas et Franck Proffit au palmarès de la Transat.

Loïc Le Bras / Pen Duick / TJV


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