vendredi
8
avril
2005

G-Class • Oryx Quest : Encore 187 milles pour l’équipage de Doha 2006

Vendredi 8 mars : Au relevé de 6h00 GMT vendredi matin, Tony Bullimore et son équipage, à bord de Daedalus, ont croisé cette ligne imaginaire qui les ramène dans l’hémisphère nord. L’équateur franchi, une dernière ligne droite reste à parcourir pour Tony et son équipe. Ils s’attaquent au dernier gros morceau d’océan de ce tour du monde.

À la différence de Doha 2006, qui a coupé l’équateur il y a neuf jours, Daedalus a fortement ralenti. Depuis qu’il est entré dans l’Océan Indien, sa trace forme une belle ligne droite qui lui a permis de rattraper près de la moitié de son retard sur Doha 2006. Il y a dix jours, il accusait 3000 milles de retard ; ce matin, il ne pointait plus qu’à 1800 milles derrière le catamaran qatari. Cela reste toutefois trop juste et trop tard pour espérer revenir. Au même relevé de position de 6h00 GMT, Doha 2006 n’était plus qu’à 199 milles de l’arrivée. Brian Thompson et son équipage peuvent commencer à songer à ce qu’ils vont pouvoir réaliser avec leur million de dollars de récompense.

Ces dernières 24 heures n’ont pas été simples pour l’équipage international de Doha 2006. Dans le détroit d’Ormuz, il a rencontré les mêmes conditions tranquilles qu’à l’aller et, pour un bateau pressé, une mer d’huile n’est pas vraiment idéale. A la place, l’équipage a dû se contenter d’un coucher de soleil rouge flamboyant magnifique. Un sentiment de déjà vu que Paul Larsen décrit dans son journal de bord. « Et voilà, nous revoilà ! Scotchés dans le détroit d’Ormuz, comme à l’aller. C’est un arrêt-buffet tellement spectaculaire qu’on ose à peine descendre dans les coques du bateau de peur de rater quelque chose. La seule différence cette fois-ci est que les autres bateaux ne sont pas éparpillés autour de nous comme au départ. C’est une vraie mer d’huile en ce moment et le loch affiche des œufs de canard (que des zéros à l’écran !) depuis quelques heures maintenant. La ligne d’horizon des montagnes commence à s’estomper après un coucher de soleil merveilleusement reposant. » Il n’est toujours pas dit que le lever de soleil de ce matin soit leur dernier de ce voyage autour du monde. Avec encore un peu moins de 200 milles à parcourir, ils vont devoir conserver un vent frais jusqu’à la ligne d’arrivée. Les prévisions sont plutôt positives mais pas parfaites. Le service météorologique du Qatar prévoit 15 à 20 nœuds de vent de nord-ouest, soit un vent de près qui ne sera pas complètement dans l’axe du bateau. Le vent devrait légèrement mollir en fin de journée et s’évanouir totalement la nuit prochaine. Le désert de sable du Qatar dégage une chaleur importante toute la journée, la mer aussi. Brian Thompson et son équipage espèrent que la différence des températures entre les deux sera suffisante pour générer une brise de terre dans la soirée. Dans le cas contraire, ce ne sera qu’une soirée de plus identique aux précédentes. Dans ce qui pourrait être son dernier journal de bord de la course, Paul Larsen décrit la vie à bord du bateau, à l’approche de la maison. « Cette journée était inhabituelle malgré les nombres frustrants affichés par les instruments. Attendez ! Le doux murmure de l’eau qui s’écoule le long de la coque emplit la cabine média et un léger vent pénètre par le hublot ouvert sur ma droite. La température est de… eh bien, parfaite, et nul doute qu’une magnifique nuit sans lune nous attend. Par 25° nord, la Croix du Sud est encore tout juste visible au-dessus de l’horizon tandis que l’étoile polaire grimpe un peu plus chaque nuit. C’est un paradis d’étoiles. Même s’il ne reste que 250 milles à parcourir, les vitesses moyennes de ces derniers jours n’assurent pas que nous franchirons la ligne d’arrivée demain. Cela rend un peu fou. C’est sûr que c’est une course intéressante. Elle rend la vie difficile pour notre navigateur, cela ne fait aucun doute. »

Au pointage de 6h00 GMT jeudi, Daedalus naviguait à 12,5 nœuds et avait couvert 400 milles sur les dernières 24 heures. Au même relevé, Doha 2006 filait à 12,4 nœuds avec encore à peine 200 milles à parcourir. Si proche et si loin…

Classements et positions à 12H00 GMT (14h00 française)

- 1 – Doha 2006 :  25,57 N– 55,02 E à 187 miles de l’arrivée
- 2 – Daedalus :  01,29 N – 67,48 E à 1914 miles du leader – Cheyenne :  Abandon, démâtage
- Geronimo :    Abandon, problème de bras de liaison  


Jeudi 7 mars : Doha 2006 approche à 82 milles du détroit d’Ormuz

Doha 2006 approche du détroit d’Ormuz, dernier virage d’un long parcours mouvementé autour du monde. A 7h00 GMT jeudi matin, le maxi-catamaran n’était plus qu’à 82 milles du détroit en forme d’épingle à cheveu et progressait à 10 nœuds. Une fois le détroit franchi, il ne lui restera plus qu’un court sprint final de 275 milles pour rejoindre la ligne d’arrivée.

Malgré la fin qui se profile, Brian Thompson ne confirme pas d’ETA. La météo est trop instable pour établir une prévision précise de l’heure d’arrivée. Il semblerait toutefois que Doha 2006 pourrait arriver vendredi après-midi, heure du Qatar, ou samedi matin. Tout dépend évidemment d’Eole, le dieu du vent.

La bonne nouvelle est que pour l’instant ils ont du vent. La mauvaise est qu’une nouvelle fois, ils ont le vent dans le nez. Ce vent s’engouffre dans le détroit entre l’Iran et l’Oman. Brian Thompson et son équipage tirent de petits bords de près le long des côtes iraniennes pour atteindre le haut du détroit. Ils pourront alors ouvrir les écoutes pour le dernier bord vers le Qatar. Aujourd’hui est le 60e jour de cette odyssée planétaire et l’équipage attend avec impatience de toucher la terre ferme. La navigation au près n’est guère réjouissante comme le souligne Paul Larsen dans son journal de bord. « Pendant notre dernier quart, le vent a tourné pour se mettre de face et est monté à 17 nœuds. Pendant quelques minutes, la mer était encore plate. Doha 2006 a ensuite commencé à “tailler du petit bois“ dans les vagues. Ces bateaux n’ont pas été dessiné pour être confortables au près. Les formes sous-marines de ces catamarans sont très tendues. Il y a de grandes parties planes du milieu du bateau jusqu’à l’étrave et lorsque le bateau commence à tanguer, l’ensemble tape sur l’eau violemment. Ce n’est ni doux, ni joli, ni rapide. Toutes les notions romantiques des derniers jours en mer se sont rapidement évaporées. Une fois de plus, nous avons légèrement ralenti pour préserver le bateau au fur et à mesure que le vent refusait. Chaque à-coup nous rappelle que nous ne sommes pas encore arrivés. »

Au sud de Doha 2006, Tony Bullimore et son équipage, à bord de Daedalus, continuent leur progression rapide vers l’équateur. Ils sont à mi-distance entre les Seychelles et l’archipel des Chagos et affichent un beau 14 nœuds de moyenne. La tempête, qui les a pourchassés pendant près d’une semaine, fait désormais partie de l’histoire ancienne. Avec le retour de conditions plus modérées, Tony a même trouvé le temps d’écrire un email décrivant leur navigation à l’approche de l’île Maurice. « Nous avons désormais passé la tempête tropicale Isang. A certains moments, j’avais l’impression que l’étroit passage entre l’île Maurice et le centre de la tempête se refermait. C’était plutôt inquiétant. Lee Bruce, notre routeur météo à terre, et Nick Leggatt, notre navigateur embarqué, ont réalisé un travail remarquable. Nous avons tous pris la situation au sérieux pour bien naviguer. La moindre erreur aurait pu nous retarder d’au moins quatre ou cinq jours. »

Naviguer sur un catamaran à pleine vitesse est un pur plaisir. La vitesse et l’intensité vous occupent tellement l’esprit que tout l’environnement autour de vous a tendance à disparaître. Tony décrit cette sensation dans la deuxième partie de son journal. « Vous êtes à la barre. Tout ce qu’il y a autour de vous devient flou et se noircit à l’exception de la petite lumière rouge du compas. Vous êtes à 25 nœuds, sentant instinctivement comment le bateau réagit sur ces montagnes mouvantes. Pendant un instant, le bateau semble livré à lui-même, puis l’instant d’après vous savez que vous l’avez bien repris en main, dévalant la vague suivante en plein surf. Lorsque vous dépassez 30 nœuds, il faut être totalement concentré sur ce que vous faîtes et ne pas penser à autre chose. »

Au relevé de 7h00 GMT jeudi, Daedalus progressait à 16,6 nœuds et avait couvert 400 milles sur les dernières 24 heures. Il devrait couper l’équateur en fin de soirée et enfin revenir dans l’hémisphère nord. Avec un peu de chance, demain matin, Brian Thompson et son équipe pourraient apercevoir les dunes de Doha et la fin de l’Oryx Quest 2005.

Classements et positions à 10H00 GMT (12h00 française)

- 1 – Doha 2006 :  25,50 N– 56,46 E à 308 miles de l’arrivée
- 3 – Daedalus :  4,42 S – 64,48 E à 1914 miles du leader – Cheyenne :  Abandon, démâtage
- Geronimo :    Abandon, problème de bras de liaison


Mercredi 6 mars : Confortable avance pour Doha 2006 à 444 milles de l’arrivée

Le cyclone tropical Isang n’est plus une menace pour Daedalus depuis que Tony Bullimore et son équipe filent à grande vitesse au nord de ce danger. Mardi après-midi, lorsque la tempête était au plus proche, Daedalus s’échappait à plus de 24 nœuds.

Rien de tel qu’une bonne vitesse pour se sortir d’une situation difficile. Tony et son navigateur, Nick Leggatt, se sont finement joués de ce système dépressionnaire dévastateur. Ils sont arrivés à grande vitesse autour de l’île Maurice, ont longé les hauts-fonds de Cargados et les bancs de Nazareth et à 7h00 GMT mercredi matin, ils approchaient rapidement les eaux peu profondes des bancs de Saya de Malha. Deux heures plus tard, ils devaient être dégagés de tous dangers sous-marins pour faire cap vers le Golfe d’Oman.

« Ce n’était pas trop mauvais » a avoué Tony par téléphone. « Le vent montait à 40 nœuds, mais cela venait de l’arrière et Daedalus aime ce type de navigation. Nous étions bien préparés pour recevoir cette météo et nous avons finalement beaucoup apprécié cette navigation. Les vents suivants nous ont bien poussés vers le nord et nous revenons à grande vitesse sur Doha 2006. C’est bien dommage que cette course ne soit pas plus longue. On aurait peut-être pu les rattraper. » Dans ce type de course-poursuite, on manque parfois de distance pour rattraper son retard, et même si Daedalus a repris 200 milles par jour ces derniers temps, il lui faudrait tout de même encore dix jours comme celui-ci pour revenir à hauteur de Doha 2006. Et si Doha 2006 est toujours en course dans dix jours, il risque d’y avoir une mutinerie à bord ! A ce même relevé des positions de 7hh00 GMT, Doha 2006 pointait à 566 milles de la ligne d’arrivée ; il faudrait donc qu’il se traîne à une moyenne de 2 nœuds jusqu’à l’arrivée pour permettre à Daedalus de les rattraper. Cela paraît difficile…

L’ambiance à bord de Doha 2006 est néanmoins à la résignation. S’ils avaient conservé du bon vent, ils seraient déjà arrivés depuis longtemps. Mais une course au tour du monde est remplie de nombreux “et si…“. L’un de ces “et si…“ qui trottent dans l’esprit de nombreux équipiers est : “et si Cheyenne et Geronimo était toujours en course ?“. La confortable avance de Doha 2006 a permis à l’équipage de se reposer et de laisser voir venir. S’il y avait eu deux autres bateaux dans les parages, les choses auraient été bien différentes. Paul Larsen, toujours dans son style inimitable, se gratte la tête en pointant son “et si…“ dans son journal de bord. « Bien sûr, cela aurait été complètement différent si les deux autres maxi-multicoques étaient toujours en course. C’était l’une de mes questions à quelques équipiers alors que je réalisais quelques interviews en vidéo. « Que pensez-vous qu’il se passerait maintenant si Cheyenne et Geronimo étaient toujours dans la course ? » Chaque personne interviewée était d’accord pour admettre que cette fin de course, voire toute la remontée de l’Océan Indien, aurait connu une pression supplémentaire importante étant donné les conditions que nous avons rencontrées dans notre remontée au nord. Les routeurs météo s’arrachent les cheveux pour prévoir la suite et nous naviguons finalement vers là où nous pouvons. Nous avons dû négocier avec des cyclones, deux Pot-au-Noirs, des grains, quelques arrêts buffets et beaucoup de conditions très légères et instables. Ajouter un million de dollars de prix dans la marmite de cette fin de tour du monde en 60 jours avec des avances qui augmentent pour mieux s’évaporer, et il ne fait aucun doute que cela aurait pu être une situation extrêmement tendue. Je suis certain que c’est le genre de scénario qui aurait plu au trimaran Geronimo. »

C’est la nature de ce type de grandes courses océaniques qu’il y ait quelques avaries au sein de la flotte. Mais il est quand même bien dommage que Geronimo et Cheyenne ne soient plus de la partie. Au moment de démâter, Cheyenne n’était qu’à 600 milles derrière Doha 2006, l’équivalent d’une bonne journée de navigation. Il est intéressant de noter que l’anticyclone qui a contraint Doha 2006 à faire un détour au passage du Cap de Bonne Espérance, aurait certainement permis à Cheyenne de couper le fromage. Cet anticyclone a obligé Doha 2006 à rallonger sa route d’au moins 1000 milles. Pas la peine d’être mathématicien pour comprendre ce qui aurait pu se passer. Ensuite, dans la remontée au nord, le cyclone tropical Hennie a légèrement compliqué le jeu tactique. Brian Thompson et son équipe ont choisi la seule option intelligente ; ils ont fait un choix conservateur, mais qui rallongeait la route. Inutile de casser le bateau lorsque votre plus proche concurrent est relégué à plus de 3000 milles derrière. Si Cheyenne avait été sur leurs talons, ou plutôt dans leur sillage si vous préférez, le jeu aurait été totalement différent. D’un autre côté, Geronimo aurait adoré les petits airs. Un trimaran a beaucoup moins de surfaces mouillées qu’un catamaran dans des faibles conditions. Chez un catamaran, les deux coques sont bien enfoncées dans l’eau tant qu’il n’y a pas assez d’air pour en soulever une. Le trimaran n’a que la coque centrale et un petit flotteur dans l’eau. Et bien qu’il soit plus lourd que Doha 2006, de nombreux spécialistes s’accordent pour dire que le trimaran aurait eu un certain avantage dans les vents légers. Et depuis qu’ils sont sortis des Océans du Sud en direction du nord, les conditions légères n’ont pas manqué. Les opportunités n’auraient donc pas manqué non plus pour Olivier de Kersauson et son équipage de reprendre l’avantage. “Et si…“ ?

Au pointage de 7h00 GMT mercredi, Doha 2006 progressait à 11,6 nœuds ; leur meilleure vitesse depuis un petit bout de temps. S’ils conservent cette vitesse, ils ne sont plus qu’à deux jours de l’arrivée. Ils devraient toucher plus de vent à l’approche de la partie étroite du détroit d’Ormuz. Mais il est probable que le vent qu’ils recevront viendra du nord en s’engageant dans l’axe du détroit. Ni Brian Thompson ni son navigateur, Will Oxley, n’ose se prononcer sur une heure d’arrivée. On ne prend pas trop de risque en disant que c’est sûrement leur dernier mercredi en course dans l’Oryx Quest 2005. D’un autre côté, Tony et son équipage ont encore au moins un mercredi à passer en mer. S’ils maintiennent une vitesse moyenne de 10 nœuds, ils leur restent encore un mercredi, deux jeudi, deux vendredi et deux week-ends sur l’eau, ou à peu près. “Et si…“ ?

Classements et positions à 16H00 GMT (17h00 française)

- 1 – Doha 2006 :  25,06 S– 59,10 E à 444 miles de l’arrivée
- 3 – Daedalus :  91,17 S – 63,06 E à 2036 miles du leader – Cheyenne :  Abandon, démâtage
- Geronimo :    Abandon, problème de bras de liaison   Info Rivacom


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