dimanche
16
janvier
2005

Ellen MacArthur autour du monde • J50 : L’avance sur Joyon tombe à 3 jours 16 heures

JOUR 50 : CREUSER POUR SORTIR DU TROU…

LES CHIFFRES AU JOUR 49 à 13 h10 GMT :
- Avance en distance : 1211 milles
- Avance en temps : 3 jours 16 heure (16% du temps restant), calculé à partir de la vitesse moyenne de Francis Joyon autour du monde.
- Latitude : 39 07 S
- Longitude : 0 48°35 W
- Vitesse moyenne : 16,30 nœuds (cap E)
- Distance parcourue : 20, 626 milles à la vitesse moyenne de 17.5 nœuds

30 NOEUDS DE VENT CETTE NUIT POUR CASTORAMA. Le vent de sud-ouest s’est renforcé à l’arrière de la dépression et il a une fois de plus contraint Ellen à de nombreux changements de voiles. Les données envoyées par le bateau montrent que le vent a soufflé en moyenne à 30 nœuds, mais les rafales ont en réalité atteint les 35-40 nœuds. Toute la nuit, le trimaran s’est fait secoué sur une mer très agitée, mais il a pu progresser à vitesse régulière entre 16 et 18 nœuds, ce qui a permis à Ellen de se reposer un peu. Ellen n’a pas appelé son équipe à terre depuis hier soir (aucune raison de s’inquiéter puisque la position du bateau est relevée automatiquement toutes les heures) et son équipe l’appelle très rarement pour éviter de la réveiller pendant ses rares instants de repos. Ellen est un skipper expérimenté en solitaire et elle sait très bien où elle se situe en ce moment sur la courbe de la fatigue... Mais dormir est souvent plus facile à dire qu’à faire... Son corps est rempli de douleurs et sa fatigue mentale constitue la plus grande menace pour sa tentative de record autour du monde…

L’AVANCE DE CASTORAMA TOMBE SOUS LA BARRE DES 4 JOURS (3 jours, 21 heures et 6 minutes). Ellen avait atteint 4 à 5 jours d’avance pendant plus d’une semaine, depuis le 41e jour (2000 milles avant le Cap Horn). Mais avec un peu recul, on peut voir qu’il y a deux semaines seulement, au 30e jour, elle ne comptait que 1 jour et 6 heures d’avance sur le record, ce qui était d’ailleurs sa plus grosse avance depuis le départ. Au même moment, Francis Joyon s’apprêtait à franchir le Cap Horn et affichait de très belles moyennes quotidiennes malgré la chute de son Solent qu’il avait passer cinq heures à ramener sur le pont. A noter également aujourd’hui, le passage d’Ellen au nord de 40S de latitude, qui marque en quelques sortes le retour à la "civilisation".

L’ANTICYCLONE POSE PROBLEME. Ellen tente de filer le plus vite possible vers le nord pour éviter de se faire prendre par une dorsale anticyclonique centrée sur l’Uruguay et qui se déplace vers l’Est. Les routeurs de Commanders Weather lui conseillent de rejoindre le nord de 32-33S d’ici lundi après-midi pour ne pas tomber dans une zone sans vent. Ils s’attendent néanmoins à ce que Castorama rencontre des vents compris entre 5 et 10 pour une partie de la journée demain. Pour l’heure, les vents tournent WSW et commencent à faiblir. S’ils basculent à l’ouest, Ellen devra empanner NNE. Après 18h00 GMT, ils devraient continuer de tourner WNW en se renforçant, ce qui permettra à Ellen de suivre une route plus directe vers le NE et d’éviter les bulles sans vent qui cherchent à lui barrer la route demain.

49e jour : "Le trimaran est secoué dans tous les sens. C’est horrible"

Position du trimaran Castorama à 14h10 GMT 
- Latitude / Longitude  : 40°55’ S / 055°18’ W
- Distance parcourue  : 20 225 milles
- Meilleure distance en 24h : 501,6 milles ( record = 540 milles )
- 4 jours 4 heures 34 minutes d’avance sur le temps de Françis Joyon

Les actualités du bord

 « On dirait que Castorama va se casser en mille morceaux. C’est dur très dur. Le trimaran est secoué dans tous les sens. C’est horrible. La mer est vraiment mauvaise. La drisse de grand voile grince, tout craque, les bastaques sont sous tension…et je ne peux rien faire. J’ai essayé de ralentir. Et puis j’ai essayé d’accélérer. J’ai tout essayé mais j’ai l’impression d’avoir des montagnes en face de moi. Avec cette saleté de dépression qui s’est installée devant notre nez. Ca grince, ça gémit,ça cogne, ça craque. C’est vraiment horrible. Vous passez trois vagues, vous fermez les yeux en espérant que tout ira bien à la quatrième : « bang ». Je suis sûre que quelque chose va finir par casser ! »

Difficile de décrire ce qu’Ellen est en train de vivre sur sa tentative de record autour du monde en solitaire. Le son de sa voix en dit long…Epuisement, anxiété, frustration. Ellen atteint ses limites. Une blessure au front est venu se rajouter au reste : « Le point d’amure du gennaker à glisser de l’enrouleur et m’a cogné au front. Il y avait du sang partout et j’ai une grosse bosse. J’ai essayé de mettre un pansement mais je transpire un peu donc ça ne tient pas. » La blessure de la navigatrice est considérée comme bénigne et ne pose pas de problème à Ellen. Elle vient se rajouter aux douleurs musculaires qui ont suivi les nombreux changements de voiles de ces derniers jours et à la fatigue générale…

L’objectif de Castorama et d’Ellen est de rallier le plus rapidement possible le Nord de la dorsale anticyclonique, zone sans vent qui risque de s’étaler au large des côtes uruguayennes. « Nous avons une dorsale à traverser. Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas d’obstacle devant nous. C’est une sacrée barrière et elle va s’étaler de plus en plus. Nous avons perdu des milles. C’est sérieux ! … » Pas de doute, Ellen voudrait aller plus vite pour parvenir au nord du 32-33° Sud avant lundi après-midi afin d’éviter cette zone de haute pression.

Epaulée par son équipe technique et le Commanders Weather, Ellen a écouté les conseils de ses routeurs et a empanné il y a quelques heures. Castorama suit désormais un cap à l’Est Nord Est à 15,74 nœuds de moyenne dans un vent d’Ouest de 25 nœuds.

Pourquoi cet empannage Commanders Weather ? « Nous essayons de faire en sorte qu’Ellen puisse se reposer. Nous lui avons demandé d’empanner afin qu’elle bénéficie de vents plus stables et plus favorables au cours des 6 prochaines heures. Elle pourra dormir un peu ! »

A 14h10 GMT, Castorama avait parcouru 20 225 milles. Il reste désormais à notre duo de choc environ 6000 milles à parcourir en 25 jours maximum pour arriver avant le temps limite fixé par Françis Joyon l’an passé : 72 jours 22 heures et 54 minutes…


48e jour : 5,62 nœuds à 13h00 GMT, 8,55 nœuds à 14h GMT, la vitesse tombe

Position du trimaran Castorama à 15h10 GMT 
- Latitude / Longitude  : 46° 08 S / 056°01 W
- Distance parcourue  : 19 876 milles
- Meilleure distance en 24h : 501,6 milles ( record = 540 milles )
- 4 jours 11 heures 16 minutes d’avance sur le temps de Françis Joyon

Les actualités du bord 

Navigant dans des vents faibles, la vitesse de Castorama décroît : 5,62 nœuds à 13h00 GMT, 8,55 nœuds à 14h GMT… La brise de Nord Est qui souffle sur tout le secteur, oblige Ellen à faire route au Nord Ouest… Résultat ? Beaucoup de temps perdu : très exactement six heures se sont envolées depuis 7h00 GMT ce matin…

« Je suis très angoissée par les prévisions annoncées. Cela va être difficile de franchir le front et de rejoindre l’anticyclone. Je vais devoir donner le maximum et effectuer un grand nombre de changements de voiles. J’en fais déjà un ou deux par heure pour contin uer de bouger Castorama. Mes plus grandes inquiètudes sont la météo et de tenter de conserver l’avance sur le record… » Aujourd’hui, dans des vents faibles, demain avec plus de 30 nœuds et lundi avec un anticyclone qui devrait bloquer sa route au Nord ! Les jours se suivent mais ne se ressemblent vraiment pas…

Ellen naviguait ce matin à 385 milles de la côte argentine et à 265 milles dans le nord-nord-est des îles Malouines, contournées hier par l’ouest. Hier soir, le vent d’ouest s’était stabilisé aux alentours de 17 à 20 nœuds, mais, depuis minuit, la brise a progressivement molli. Malgré cela, Castorama parvient néanmoins à tenir une moyenne de 10,73 nœuds. Il faut préciser que Castorama, avec 15 pieds de moins que IDEC de Francis Joyon, possède une surface de voile plus réduite, mais est aussi plus léger : Castorama ne pèse que 8,3 tonnes contre 16 tonnes pour IDEC.

Aussi, dans des conditions faibles, il a l’avantage d’avancer légèrement plus vite. Ellen a parfaitement conscience de ces obstacles météo qui jalonnent l’Atlantique sud. « C’est dans l’Atlantique que se trouvent les vents les plus instables. C’est ici aussi que soufflent les vents les plus faibles », a-t-elle prévenu il y a deux jours. Les souvenirs des conditions portantes et rapides des Océans du Sud se font de plus en plus lointains. La navigation le long de la côte argentine puis brésilienne annonce des conditions de vent au près, dans un vent qui refuse. Il reste 2500 milles à parcourir avant de retrouver les alizés du sud-est au large de la corne brésilienne. Ce passage, qui pourrait aisément perturber la progression de Castorama, est crucial dans la quête du record.

Après les difficultés et les souffrances des Océans du Sud, Ellen a besoin de récupérer. Sa détermination est colossale mais son équipe à terre sait qu’elle se trouve à la limite entre fatigue et épuisement complet. Heureusement, les conditions d’aujourd’hui – bien qu’instables- vont lui permettre de faire régulièrement des micro-siestes et de retrouver un peu de son énergie. L’augmentation des températures signifie aussi qu’elle devra utiliser moins d’énergie afin de ne pas avoir froid. « Je me suis reposée hier au soir, environ trois heures. Sans cela, je n’aurais vraiment pas été capable de faire tout ce que j’ai fait aujourd’hui. Je viens juste de passer cinq heures à réaliser des choses que je n’avais pas pu fait dans le grand Sud. J’ai remis le générateur à air froid en route, fixé la barre et le palier de safran, vidé toute l’eau qui traînait dans Castorama. Je répare l’active echo… Sans sommeil, je n’aurais jamais pu le faire. C’est tout simplement dur d’avoir simplement les idées claires. »

Lors de son tour du monde, Francis Joyon naviguait plus à l’Est et n’était pas aussi proche de la côte argentine. Ce matin, Ellen naviguait à 225 milles dans l’ouest de cet endroit historique. Il avait fallu 13 jours à Francis Joyon pour relier le Cap Horn à l’équateur, le 23 janvier 2004. Castorama possède actuellement 1468 milles d’avances sur IDEC, soit 4 jours, 11 heures et 16 minutes (données calculées en fonction de la vitesse moyenne de Francis Joyon lors de son tour du monde).

Le Commanders Weather conseille d’aller vers le Nord le plus vite possible afin d’éviter la brise légère qui glisse vers l’est aujourd’hui. Les images satellite ne montrent pas de grains majeurs mais quelques nuages qui vont perturber le vent d’ouest de 8 à 14 nœuds. Le vent va encore tourner vers la droite nord-nord-ouest en fin de journée et forcir entre 16 et 22 nœuds à l’approche de la dépression d’ouest. La dépression va se déplacer vers le sud-est demain en suivant l’axe du front. Le vent soufflera jusqu’à 25 - 35 nœuds avec des grains de 40 à 50 nœuds. Ces conditions vont contraindre Ellen a faire route plus à l’est….


47e jour : Progression à 19,8 nœuds dans l’Ouest des îles Falklands avec un vent de 18 nœuds

Position du trimaran Castorama à 17h10 GMT 
- Latitude / Longitude  : 49°57 S / 060°22 W
- Distance parcourue  : 19 571 milles
- Meilleure distance en 24h : 501,6 milles ( record = 540 milles )
- 4 jours 20 heures 12 minutes d’avance sur le temps de Françis Joyon

Les actualités du bord

« Maintenant, le ciel est gris avec quelques trous de bleu. La mer est grise puisque le ciel est gris. J’ai entre 15 et 19 nœuds de vent. A ma droite, j’ai le bateau de la Navy qui se dirige vers les Malouines. Il y a 30 secondes un gros avion m’a survolé. J’ai deux albatros qui tourne autour de nous et je vois les algues dans la mer ! Ca faisait longtemps ! »

Après avoir passé pour la 4e fois le Cap Horn ( 2 fois à bord de son monocoque Kingfisher et 2 fois à bord du trimaran Castorama), Castorama et son skipper font route directe vers la maison qui est encore à 7000 milles sur la route théorique. Le duo qui navigue à la vitesse de 19-20 nœuds creuse un peu plus son avance ; à 17h10 GMT, elle se portait à 4 jours 20 heures et 12 minutes après 19571 milles de course.

Pourtant, la nuit dernière n’a pas été propice aux pointes de vitesse. Au lieu des 40 nœuds de vent attendus, Ellen a dû faire face à l’absence de vent et à une mer forte…« Je n’y croyais pas ! Le vent a tout simplement disparu. Il est descendu jusqu’à 3 nœuds…Hier soir, j’avais renvoyé ma grand voile à 3 ris dans environ 35 nœuds de vent et ce matin tôt, j’étais toujours là avec mes 3 ris à attendre les 40 nœuds prévus. Je ne savais plus quoi faire… » Renvoyer au risque d’avoir des soucis en cas de brusques rafales ou attendre ? MacArthur, énervée de ne pas avancer à remis un peu de toile sur son Castorama et… le vent est monté ; ce qui l’a obligée à de nombreux changements de voiles pour essayer de trouver la bonne combinaison…

Aujourd’hui, les choses s’arrangent un peu et Ellen qui a pu dormir un peu ce matin a eu la surprise d’avoir une visite peu commune : « Il y a encore 5 heures, le vent était à 35 nœuds. Depuis quelques heures, ça va mieux. En plus, un grand bateau de la Navy est venu nous voir, plus des avions au dessus de nous. J’étais fatiguée mais c’est excellent ! C’est pas tous les jours qu’on navigue à côté d’un bateau de guerre ! » En effet, le HMS Gloucester, navire britannique basé aux Malouines, est venu à la rencontre d’Ellen au large des Falklands et l’a accompagnée sur quelques milles. Certains membres de l’équipage ont même survolé Castorama pour voir de plus près à quoi ressemblait le grand trimaran bleu de 23 mètres.

Alors que Françis Joyon était passé par l’Est, Castorama progresse à 19,8 nœuds dans l’Ouest des îles Falklands avec un vent de 18 nœuds qui n’est toutefois pas encore très bien établi en direction. Dans les heures à venir ? L’objectif est d’atteindre un waypoint fixé à 50 S 61 W pour rester plus proche de la route directe et ensuite un autre waypoint situé 23S 39W, 400 milles au large dans l’Est de Sao Paulo. Quant au meilleur chemin à prendre pour y parvenir ? « Il y a un front sur la côte…. Je ne sais pas encore si je dois aller vers ce front ou vers le Sud Ouest. Dans les prochaines 24h, il va falloir choisir ! »

Et, oui, la route est encore longue jusqu’à l’arrivée et beaucoup de choix restent à faire… Ce n’est pas le moment de flancher ! Castorama et Ellen sont tous les deux fatigués mais toujours en totale symbiose. Ils veillent réciproquement l’un sur l’autre. Ellen a toujours eu un rapport particulier avec ses bateaux et Castorama n’échappe pas à la règle… « Mon bateau est génial. Il a un grand cœur. C’est le bonheur d’être à bord même si c’est difficile. Il a pris soin de moi. Je suis super contente... »

Demain le Commanders Weather prévoit un front froid qui va se déplacer dans l’Ouest, générant une bascule de vent Ouest Nord Ouest qui permettra sans doute à Castorama d’avancer rapidement sur un cap Nord Est. Ce front devrait vite dépasser Ellen et lui apporter de l’instabilité pour le week-end … Pas de répit en prévision !


46e jour : 4 jours 2 heures et 45 minutes de mieux que le temps de référence en solitaire au Cap Horn

Position du trimaran Castorama à 10h10 GMT 
- Latitude / Longitude  : 56°42’ S / 066° 06 W
- Distance parcourue  : 19 093 milles
- Meilleure distance en 24h : 501,6 milles ( record = 540 milles )
- 4 jours 2 heures 45 minutes d’avance sur le temps de Françis Joyon

Les actualités du bord 

Encore un record pour notre duo Castorama/Ellen qui a franchi la marque du Cap Horn ce matin à 7h46 GMT après 44 jours 23 heures et 36 minutes de course avec 4 jours 2 heures et 45 minutes d’avance sur le temps de Françis Joyon…

Ellen a débouché une bouteille de champagne pour l’occasion… : « On a passé le Cap Horn il y a deux heures. C’est fait ! » La navigatrice est heureuse et déjà un peu nostalgique de quitter un endroit sauvage et magique à la fois « On navigue dans 30 à 40 nœuds de vent et on ne va pas tarder à empanner à 45 milles au large de la côte ouest du Chili. Les vagues sont monstrueuses, et pourtant, quand je suis debout dans le cockpit de Castorama, j’ai l’impression que je ne dois pas rater un seul instant de cet endroit sauvage et merveilleux. D’une certaine façon, le Sud trouve sa place en vous et vous ne vous en doutez même pas. Il évoque les souvenirs les plus vifs, vous offre les paysages les plus incroyables… Derrière Castorama, on peut voir une averse sous un grain, et le soleil qui se couche… La lumière d’un orange intense perce le gris des nuages. Elle illumine les embruns balayés au sommet des vagues en leur donnant un aspect doux et délicat… Comment donc une vague de 40 pieds si puissante peut-elle avoir l’air délicate ? Quand la lumière traverse une déferlante, elle rend la vague encore plus grosse et plus haute. Sa couleur turquoise si intense et si brillante sur une mer bleu-gris semble presque surnaturelle. Un albatros solitaire nous survole en faisant des cercles. Combien de bateaux a t-il pu voir ? J’en ai les larmes aux yeux. Les albatros que nous voyons sur notre route ne sont pas très nombreux. Leur vol gracieux et leur bienveillance devront rester gravés dans mon esprit, jusqu’à la prochaine fois… Au prochain coucher de soleil, les Mers du Sud seront derrière nous… » ( mail reçu au petit matin )

Malgré son temps de passage et la satisfaction que ça lui apporte, le skipper de Castorama ne se laisse pas emporter à l’euphorie. Ellen doit encore faire face à des conditions très éprouvantes avec des rafales à 50 nœuds voir plus… « Je suis soulagée de quitter le Pacifique. Mais, c’est pas encore vraiment fini car on a une grosse mer de 20 pieds et des rafales , tout de suite, on avait 52 nœuds ! Avec ce vent, Castorama est secoué dans tous les sens. Ce ne sont vraiment pas des vacances ! »

Le trimaran Castorama qui est actuellement sous trinquette seule continue de tenir une bonne moyenne… Le Commanders’ Weather confirme les conditions extrêmement difficiles que rencontre Ellen et parle même de conditions « les plus rudes depuis le départ » ! Ellen doit faire face à des vents de plus de 40 nœuds et des vagues de 20 à 30 pieds. Ces conditions devraient persister jusqu’à la mi-journée. MacArthur devrait pouvoir empanner d’ici quelques heures vers l’Est pour doubler l’île des Etats avant de passer les îles Falklands et d’attaquer la remontée de l’Atlantique « Ca fait du bien d’avoir de l’avance mais la route est longue et ce n’est pas terminé ! On a 8000 milles de remontée. Ca fait un paquet de temps… Mon avance, je peux la perdre rapidement… »

Après le passage des îles Falklands, le vent devrait basculer à l’Ouest et faiblir de façon significative. Peut être enfin un peu de répit pour Castorama et son skipper dont la voix trahissait ce matin une grande fatigue… Ellen est certes physiquement épuisée mais sa détermination à y arriver est résumée dans cette courte devise : « A don’f ! » vers l’objectif…


45e jour : 5 jours 2 heures et 10 minutes d’avance à 235 milles du cap Horn

Position du trimaran Castorama à 17h10 GMT 
- Latitude / Longitude  : 56°43 S / 075°32’ W
- Distance parcourue  : 18 800 milles
- Meilleure distance en 24h : 501,6 milles ( record = 540 milles )
- 5 jours 2heures 10 minutes d’avance sur le temps de Françis Joyon

Les actualités du bord

5 jours 2 heures et 10 minutes …. une avance phénoménale au regard de la difficulté de la tâche ! D’autant que la navigatrice britannique a gagné ces journées dans les Mers du Sud ! A l’entrée, au passage du Cap Leuwin, Castorama comptait une seule journée d’avance et, à la sortie, 12000 milles plus loin, 5 jours ! « Tout le monde est étonné. Moi la première ! Avant, je n’imaginais pas ça ! On a eu du bon et du moins bon au niveau météo. Mais, on est encore à 10000 milles de la maison. C’est un sacré bout de route. Il faut être vigilant. Ces 5 jours ne vont peut être pas restés. Regardes Olivier (ndlr : De Kersauson) , il avait trois jours d’avance dans les Mers du Sud et à la fin il a perdu six jours entre l’Equateur et la maison.. »

Comment expliquer qu’Ellen a pu gagner tant de temps dans un environnement si difficile, les Mers du Sud ? « J’ai poussé Castorama au maximum et moi aussi. En plus, il fallait toujours pour des questions de sécurité rester à l’avant des dépressions. Ca motive et ça pousse ! » Le skipper connaît de mieux en mieux sa monture et, après 18800 milles de course depuis le 28 novembre dernier, Ellen tire toute la quintessence de son Castorama. Si le bateau est mis à l’épreuve, la navigatrice l’est tout autant : « C’est dur de se reposer. Je peux aller jusqu’à 5 heures par jour de temps en temps. Parfois, c’est beaucoup moins. Hier, c’était deux tranches de 40 minutes. C’est un style de vie très stressant qui demande beaucoup de vigilance. Depuis le début, j’ai dû mal à me reposer. Ca va vite sur un bateau qui va vite. Pour tenir, je pense au but que je cherche à atteindre, où on va avec Castorama, pourquoi on est là… Je garde la tête dedans. C’est la meilleure manière de gérer le stress ! »

En plus d’elle-même, Ellen doit aussi gérer les conditions climatiques qui ne l’ont pas épargnée : un vent d’une grande instabilité, des trains de dépression, rafales, grains et mer formée…Bien sûr, elle a dû aussi faire face à quelques défaillances techniques dont elle aurait bien voulu se passer : générateur principal trop gourmand, choc sur le safran central… Depuis le départ, Ellen fait front et reste concentrée car elle sait trop bien qu’une course n’est jamais gagnée avant l’arrivée…

D’ailleurs, le passage du Cap Horn ne va pas être si facile au vu des conditions annoncées et déjà rencontrées par le duo Castorama / Ellen « Passer ce Cap me rends nerveuse ! Je ne suis pas à l’aise. La mer est de plus en plus grosse. Le vent monte en moyenne entre 27 et 30 nœuds. Tout à l’heure, on a eu une pointe à 43 ; et ça monte de plus en plus ! Au Cap Horn, le vent est établi autour de 37 nœuds avec des rafales à 45-50 nœuds ! » 

Le Cap Horn est à 235 milles dans l’Est de Castorama qui y parviendra demain dans la matinée. Une chose est sûre : les 18 prochaines heures vont être très stressantes : plus de 30 nœuds de vent avec des rafales entre 45 et 50 nœuds… Une autre chose est moins certaine : son ETA : « Pour être honnête, je ne sais pas… Ce ne sera pas aussi tôt que prévu hier ! La nuit dernière ( lundi à mardi) a été plus calme que prévue. Aussi, je prévois un passage entre 6h00 et 12h00 GMT demain. » Naviguer dans un endroit pareil, de nuit, n’est pas chose aisée. Ellen devra éviter l’île de Diego Ramirez à 60 milles dans le Sud Ouest du Cap Horn. Les routeurs lui suggèrent de passer au Sud de cette petite île avant de se diriger vers la sortie au Nord Est !

Françis Joyon avait passé le Horn après 49 jours 2 heures et 21 minutes le 10 janvier 2004 à 10h21. Avec ses 5 jours d’avance, peut être qu’Ellen a une chance d’établir un nouveau record…. Ce serait une jolie manière de clore le chapitre des Mers du Sud avant d’en ouvrir un autre pour la remontée de l’Atlantique où d’autres pièges seront à éviter…

Chaque chose en son temps ! L’heure est au Horn, fidèle à sa réputation…


44e jour : "Castorama est à bloc et marche à 22 nœuds, route directe vers le Horn"

Position du trimaran Castorama à 15h10 GMT 
- Latitude / Longitude  : 54°24’ S / 085°59’ W
- Distance parcourue  : 18 362 milles
- Meilleure distance en 24h : 501,6 milles ( record = 540 milles )
- 4 jours 22 heures 53 minutes d’avance sur le temps de Françis Joyon

• Les actualités du bord

Une fois de plus, les nerfs d’Ellen sont mis à l’épreuve par un vent d’une grande instabilité et aussi par le risque de glace toujours présent…« Hier, on a pu rester devant une petite dépression qui s’était détachée de la grosse dépression. Aujourd’hui, la grande dépression nous est passée dessus et le vent a basculé au Sud-Ouest nous obligeant à empanner tribord amures. Le centre de la dépression nous a dépassé ; ça va mieux maintenant. Castorama est à bloc et marche à 22 nœuds, route directe vers le Horn. Mais, il faut éviter les icebergs ! Il y a toujours ce risque dans les mers du Sud. La température de l’eau est passée sous 8 degré. Tout le temps que l’on n’a pas mis le clignotant à gauche, on l’ a vu dans le Vendée Globe, il a toujours un risque ! »

Pour adapter son trimaran Castorama aux variations de vent, Ellen doit faire un gros travail sur les changements de voile. Actuellement, alors qu’elle devrait arborer 1 ris génois, Ellen préfère rester 2 ris solent pour éviter de casser quoique que ce soit à cause des brusques variations de vent. En quatre heures de temps, ce dernier a oscillé entre 20, 33, 17, 35 et 15 nœuds… Pas facile à gérer ! « J’ai fait tellement de changements de voiles en 24h. Je suis absolument épuisée… » Il faut dire que sur un trimaran de 75 pieds, tout est forcément plus compliqué et physiquement plus éprouvant que sur le petit Iduna, 1er bateau de 21 pieds qu’Ellen alors âgée de 17 ans s’était achetée…Sur Castorama, la simple prise d’un ris dans la grand voile de 160m2 peut demander 45 minutes d’efforts… 

Malgré ces désagréments, la navigatrice britannique parvient à maintenir son Castorama à une vitesse moyenne entre 16 et 17 nœuds et à conserver une belle avance de 4 jours 22 heures et 53 minutes. Certes, le nombre de milles parcourus en 24 heures est moins élevé qu’hier dimanche où Ellen étaient parvenue à 501,6 milles, son record sur 24h ; mais au vu des conditions rencontrées, le duo avance plutôt bien, aux dires d’Ellen « Castorama est à bloc ! »

Le marin Ellen essaye de ne pas s’oublier et de mettre en pratique une de ses devises : Dormir plus, souffrir moins. Mais, ce n’est pas si évident dans un environnement stressant : « Ca va. J’ai réussi à dormir un peu. Mais, le Cap Horn est une marque importante, c’est fort mentalement. Mais, on y est pas encore ! Il y a encore des milles à parcourir !! Après, ça ira mieux et ça fera du bien de se réchauffer un peu car ici il fait vraiment très froid ! Pour moi, ce qui est stressant, c’est aussi de sentir que ma machine ne fonctionne pas comme elle le devrait. Tant que je ne parviens pas à bien régler Castorama et tirer le maximum de lui, je ne me couche pas ! C’est pas évident vu les conditions ! Je tire sur moi ! »

A moins de 700 milles du Cap Horn qu’elle pense atteindre dans la matinée de mercredi 12 janvier prochain, Ellen doit effectuer toute une série d’empannages pour s’adapter à la progression du talweg et de la dépression tout en évitant de descendre trop Sud pour éviter les icebergs. Selon les dernières informations du Commanders’ Weather, un flux Ouest Sud Ouest à Sud Ouest va prédominer les prochaines 6-8 heures avant de revenir par la droite. Avec ce flux, Castorama risque d’essuyer des grains et des rafales qui pourraient atteindre 35-40 nœuds…Espérons pour Ellen et son bateau que les jours à venir leur apporteront un peu plus de stabilité et de tranquilité…


43e jour : Plus de 500 milles en 24 heures et presque 5 jours d’avance sur le temps de Françis Joyon….

Position du trimaran Castorama à 14h10 GMT 
- Latitude / Longitude  : 52°17’ S / 096°55’ W
- Distance parcourue  : 17 930 milles
- Meilleure distance en 24h : 501,6 milles ( record = 540 milles )
- 4 jours 21 heures 33 minutes d’avance sur le temps de Françis Joyon

• Les actualités du bord

…2005 démarre sur les chapeaux de roue pour la jeune navigatrice britannique ! Peu avant le Nouvel An, Ellen MacArthur signait déjà un record pour elle avec 484, 5 milles en 24h. A 8h10 GMT ce matin, au compteur de Castorama, 496, 2 milles étaient enregistrés à la vitesse moyenne de 20,67 nœuds. Cinq heures plus tard… 501, 6 milles à la vitesse de 20,9 nœuds en 24 heures ! Satisfaisant, non ? « J’ai vraiment fait vite ! Ca fait du bien de faire autant de milles en 24h ! Pour ça, j’ai dû pousser très fort sur Castorama. C’est bien et pas bien à la fois ! Mais, il faut rester devant cette dépression ! »

Justement, grâce à sa vitesse, Castorama a pu se sortir des griffes du centre de l’une des dépressions qui l’entoure. Cette position va engendrer quelques heures de répit pour Ellen qui paye, par de la fatigue, les vitesses élevées de la nuit, vitesses pas toujours souhaitées… « Je ne parviens pas à mettre mon cerveau en veille. Je pousse un peu plus que je souhaiterais et je ne suis pas à l’aise. Mais, je crois que c’est le bon moment pour faire de la vitesse. » D’autant, et Ellen le sait, que dans cette partie du parcours, Françis Joyon réussissait quotidiennement à réaliser des moyennes supérieures à 500 milles… La cadence est donc élevée et il va falloir tenir !

Psychologiquement et physiquement, Ellen, à tout juste 28 ans et demi, puise au fond d’elle-même les ressources en endurance nécessaires à la poursuite de sa tentative. Sa détermination est intacte mais elle avoue qu’elle sera soulagée de doubler le Cap Horn : « Ca va être génial et je serais soulagée de quitter le Sud. Ce sera un soulagement car ici, il fait très froid, c’est dangereux et fatiguant. Avoir plus chaud et bénéficier d’une situation plus clémente, ce sera pas mal ! » La jeune navigatrice solitaire se réjouit à l’idée de retrouver un peu de vie autour d’elle après le Horn : « C’est sûr que je vais voir plus de monde et j’en suis heureuse. Le dernier bateau que j’ai vu, c’était celui de la Navy… » le 6 décembre dernier… D’ailleurs, devant le Phare du Horn, il pourrait bien avoir du monde à attendre le passage d’Elllen et de son Castorama. Déjà des supporters l’ont prévenue par mail qu’ils naviguaient dans le détroit de Magellan et qu’ils seraient près d’elle pour le passage du Cap…. A suivre en milieu de semaine prochaine puisque les routeurs estiment entre mardi soir 11 janvier et mercredi matin 12 janvier le franchissement du Cap chargé d’histoires…

En attendant, il va falloir y arriver ! L’affaire n’est pas chose aisée et ce lundi risque fort d’être très désagréable pour le marin et son bateau. Une dépression au Nord d’Ellen est en train de développer un talweg qui pourrait rattraper Castorama dès ce soir. Avec lui, une bascule du vent à l’Ouest/ Ouest Nord Ouest et des grains…En résumé et, une fois de plus, des conditions instables s’installent au-dessus de notre duo. Après ce talweg, pas d’amélioration ; le vent deviendra variable et pourra osciller entre 15 et 40 nœuds dans les grains…

Actuellement, Ellen bénéficie de conditions favorables en faisant un cap à l’Est et peut se permettre de tenir des vitesses élevées ce qui devrait retarder un peu la rencontre avec des conditions moins agréables…


- Record à battre : 72 jours 22 heures 54 minutes 22 secondes
- Pour cela, Ellen doit arriver avant le 9 février 2005, 7 heure 04 minutes 06 secondes GMT.


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