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L’Arctique en ballon

Jean-Louis Etienne : "Je suis au milieu de nulle part"

"on ne repousse pas les limites, mais qu’on les découvre"

samedi 10 avril 2010Redaction SSS [Source RP]

Arrivé ce samedi matin à 7h40 en Sibérie, après 121h30 de vol et 3130 km parcourus depuis le Spitzberg, Jean-Louis Etienne a posé son ballon Generali Arctic Observer au milieu de la toundra, en Yakoutie. Il a été joint par téléphone satellite en fin de matinée. Extraits de sa conférence de presse…

Jean-Louis Etienne :

« C’est une énorme satisfaction et un soulagement. Il y a quand même eu des moments difficiles pendant ce vol. Je commençais à manquer de sommeil. Il était temps de mettre un terme pour savourer ce vol, qui était long et difficile, mais tellement exaltant. »

Les dernières heures de vol

« J’ai traversé ce matin les grandes étendues sibériennes. C’est immense. On se rend compte qu’il y a beaucoup de place sur terre qui est vide. C’est géant. J’ai survolé ce matin à 2000 mètres d’altitude des fleuves gelés sinueux. Il n’y a vraiment rien. Dans une zone désertique, lorsque vous vous arrêtez, il y a toujours deux trois personnes autour de vous. Là, ça fait deux heures que je suis posé et il n’y a toujours personne. Mais je ne sais pas d’où ils pourraient venir. Ce ne sont que des étendues de neige Neige #snow , de glace et de forêts et rien d’autre… »

L’atterrissage

« L’atterrissage, c’est toujours un échouage. Cela s’est bien passé. Je voulais aller beaucoup plus loin, mais je me suis retrouvé en face d’un mur de brume assez compacte. Je ne voulais pas monter pour passer de l’autre côté sans savoir où aller. Et j’étais fatigué. J’ai donc décidé de me poser assez vite avant d’entrer dans le brouillard. Je me suis posé verticalement. Cela s’est bien passé, je m’attendais à pire. Je suis maintenant sur un plateau très rocailleux, en partie couvert de neige Neige #snow . »

L’exploit d’une première traversée de l’Arctique

« La notion d’exploit est très personnelle. Par rapport à moi, je trouve que je suis allé loin. Quand j’étais allé au pôle Nord en solitaire, j’avais trouvé que j’étais allé loin. Je me rends compte qu’on ne repousse pas les limites, mais qu’on les découvre. Quand on s’implique, on est capable de faire des choses remarquables qu’on ne pensait pas pouvoir faire. Je me suis surpris car c’est vrai que j’ai connu des moments difficiles dans le ballon. Dès le départ, j’ai dû voler bas au-dessus du Spitzberg et j’ai failli me manger deux collines. Il y a eu ensuite des épisodes de brouillard. J’ai eu quelques frayeurs. Ensuite, il y a eu cette bataille pendant 15 heures pour se rapprocher du Pôle dans des conditions surprenantes, avec des vents ascendants et descend ants vertigineux qui s’arrêtaient à 100-150 mètres de la glace. C’était impressionnant et je me suis surpris de voir que je les prenais avec un certain calme. »

Quelles mesures scientifiques ?

« Il y avait deux choses. D’un côté, les mesures automatisées, le CO2 atmosphérique et le magnétisme terrestre. Ce sont des données que je vais rapporter aux chercheurs. Il y avait aussi le photomètre pour le CNES afin de mesurer la densité de particules dans l’atmosphère. Là, je dois dire que je n’ai fait qu’une mesure hier parce que c’était rare de voir le soleil. J’ai passé beaucoup de temps sans le soleil. C’est donc un examen que je n’ai pas beaucoup fait. Mais les autres étaient réalisées automatiquement par les appareils. »

Y a-t-il un risque de loups, nombreux dans la région ?

« Non, je pense que les loups doivent avoir peur dans un lieu aussi perdu, où ils sont chez eux, de voir ce ballon dressé. Ça doit davantage les impressionner qu’autre chose ! Au contraire, cela me plairait bien d’avoir un peu de visite, de voir des loups, des rênes. »

Bons souvenirs ?

« La traversée du Spitzberg le premier jour était magnifique. Voir les sommets, les immenses glaciers. C’étaient des conditions exceptionnelles. Il n’y avait pas un souffle, pas un bruit. C’était un balcon merveilleux sur la nature. Un autre moment m’a très impressionné quand je me suis un peu trop rapproché d’une des dernières collines du Spitzberg et juste derrière, j’ai eu la surprise d’entendre, sans le voir à cause des nuages, le “rocaillement“ de la mer, le bruit des blocs de glace entre eux qui dérivent le long de la côte. On ne peut entendre ça que d’un ballon. C’était un moment magique que je n’oublierai pas. »

Attente ? Que faire ?

« Je vais d’abord faire le ménage ! Quand je me suis posé verticalement, toute la glace du col du ballon m’est tombée dessus. L’habitation est pleine de neige. La Sibérie Orientale est l’un des points les plus froids du globe. Il faisait -27°C ce matin ! Il me reste un peu de nourriture, j’ai de l’eau, du chauffage et je vais dormir, dormir, dormir. C’est ce qui me manque le plus aujourd’hui… »

Réactions de

- Christophe Houver, coordinateur du vol : « Il faut souligner la performance. Il a volé plus de 120 heures, parcouru plus de 3100 km en ligne droite, soit plus de 3600 km au total. Ce vol est une vraie réussite. Le parcours a été très long sur l’océan Arctique, ce qui était la finalité de l’expédition. C’était un vol exigeant qu’il a parfaitement mené. Dans ces conditions compliquées, à vivre pendant cinq jours dans deux mètres carrés, il a démontré qu’il était un grand monsieur, capable d’avoir une combativité adaptée aux circonstances. »

- Luc Trullemans, météorologue routeur : « Voler à très basse altitude comme il l’a fait, c’est très difficile. Il faut avoir un œil sur l’altimètre, un autre sur le cap et la vitesse Vitesse #speedsailing . C’était un vol très dangereux, du pilotage de finesse. Lui l’a fait. Je crois que c’est le seul pilote au monde à avoir volé à cette vitesse Vitesse #speedsailing -là aussi bas pendant tant d’heures, et en plus dans une visibilité vraiment médiocre. Ce n’est également pas donné à tout le monde de monter d’un coup de 300 à 5000 mètres, puis de redescendre quelques heures après. Il a été mis à rude épreuve. »

- Info presse Agence Mer et Media



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