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The Artemis Transat

Vincent Riou : "Je n’ai pas souhaité rester à bord de PRB"

Loïck Peyron a recueilli le leader de la course à bord de Gitana 80

mardi 20 mai 2008Information The Transat

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En raison d’une grave avarie de quille suite à un choc violent avec un animal marin survenu la nuit dernière, Vincent Riou a dû quitter son monocoque ce mardi après-midi et embarquer à bord de Gitana Eighty, Loïck Peyron s’étant rapidement détourné pour lui porter assistance. A 19h25 (heure française), Vincent Riou était à bord.

A 9h15 (heure française) ce mardi, Vincent Riou a appris à son équipe à terre qu’il avait heurté cette nuit un requin pèlerin. Le choc avait été suffisamment rude pour arrêter net son monocoque. La situation n’avait pas inquiété outre mesure le solitaire qui constatait cependant qu’il n’arrivait plus à vidanger le puits de quille. Le skipper de PRB ne s’en n’alarmait pas, se félicitant juste de ne pas avoir à trop forcer son bateau dans les heures à venir en raison d’une petite bulle anticyclonique sur la route. A la mi-journée, Vincent Riou pensait même avoir trouvé l’origine du problème : le décollement de l’ogive de quille, sorte de carénage du puits de quille. Son équipe à terre lançait même la fabrication d’une pièce de rechange pour l’installer à Boston une fois la course finie. Rien de grave donc.

Mais un peu avant 17 heures (heure française), la situation était devenue toute autre : Vincent venait en effet de profiter des calmes revenus pour inspecter plus minutieusement son système de vérin. Et là, stupeur : il s’apercevait que la fixation avant de sa quille était cassée. La quille n’était plus retenue que par son axe arrière et par le système de vérin qui la maintenait à ce moment, inclinée sur un bord. Qu’il remette la quille droite et elle partirait inévitablement vers l’avant, se posant directement sur la coque avec tous les risques de détérioration rapide de celle-ci que l’on imagine, voir de perte de quille. Impossible pour Vincent d’envisager d’aborder ainsi le coup de vent qui s’annonce dans les 24 heures sans mettre en péril, et le bateau, et le marin.

C’est pourquoi après avoir prévenu une première fois la Direction de Course, le solitaire confirmait à celle-ci à 17h38 (heure française) son intention de demander assistance et de quitter son bateau. Situé à treize milles dans l’axe arrière de Vincent Riou, Loïck Peyron, déjà prévenu, faisait immédiatement route vers PRB. Avant de préparer le transbordement sur Gitana Eighty, Vincent profitait de ces derniers moments à bord pour sécuriser au mieux son bateau afin de résister à la dépression annoncée car l’objectif est évidemment de venir le récupérer au plus vite à partir des côtes nord-américaines.

Riou embarque avec Peyron

Loïck Peyron (Gitana Eighty) est arrivé sur la zone de PRB vers 19h15 (heure française) : Vincent Riou a pu embarquer à 19h25 et Loïck Peyron reprenait sa route vers Boston.

A 20h10 (heure française), Vincent Riou était en contact avec le PC Course de The Artemis Transat à Cowes : « Cette nuit, PRB naviguait au reaching entre quinze et dix-huit nœuds et il est rentré en collision avec un requin pèlerin de quatre à cinq mètres de long (j’en suis à peu près sûr parce que j’ai dû le couper en deux : j’ai vu deux morceaux derrière avec un aileron caractéristique). Je n’étais pas trop inquiet parce que le choc avait été violent mais mou : je n’ai pas entendu de crac ou de bruit de carbone. J’ai fait un check-up rapide et j’ai juste constaté que les ogives de quille étaient un peu abîmées. Je suis reparti et j’ai navigué toute la matinée en levant un peu le pied parce que le puit de quille se remplissait au lieu de se vider. Il se remplissait sans mettre de pression, donc ce n’était pas dramatique. Je faisais tout de même attention parce qu’il y avait des bulles et je ne voyais pas bien ce qui se passait à l’intérieur.

Lorsque je suis arrivé dans la dorsale cet après-midi, le bateau s’est arrêté et j’ai ouvert le capot de quille : j’ai trouvé l’avant de la quille qui était complètement en travers. et il manquait l’axe de quille ! Elle tenait juste en porte à faux parce qu’elle était au vent. Elle était en équilibre assez précaire à l’intérieur du bateau.

Je n’ai pas souhaité rester à bord de PRB car je ne voyais pas l’intérêt de me faire peur puisqu’il y a du mauvais temps annoncé pour mercredi. Sachant que je ne pouvais pas repartir avec le bateau. Le mieux était de le laisser à l’arrêt et de venir le chercher en remorque. C’est ce que nous organisons maintenant. PRB est sécurisé, avec les ballasts remplis, le centre de gravité abaissé au maximum.

Loïck étant à une quinzaine de milles de PRB à ce moment, il paraissait logique de faire appel à lui, par Direction de Course interposée. J’ai mis des balises sur le bateau pour le repérer à l’envers ou à l’endroit. Je suis monté dans le radeau de survie que j’avais mis à la traîne derrière le bateau. Loïck est venu me chercher et j’ai solidement amarré le canot à PRB ensuite. Les conditions météo étaient favorables : c’est ce qui m’a décidé à abandonner le bateau rapidement, c’est qu’il y avait un créneau propice. Car après, il y a du gros temps mercredi et cela faisait prendre des risques. Le temps était maniable, la mer pas trop formée, le vent était tombé.

L’équipe technique de PRB est en contact avec Halifax pour organiser un remorquage. De toutes façons, demain ce n’est pas possible d’intervenir donc un bateau pourrait partir mercredi soir (heure américaine) sur la zone. Il devrait mettre deux jours de mer avant d’arriver puisqu’il y a 500 milles à faire. J’ai les bras qui tombent ! La course était passionnante : je prenais beaucoup de plaisir parce que c’est une belle épreuve avec du niveau, du jeu, des situations pas faciles tactiquement. »


NDR SSS : C’est le 4e abandon de la course après ceux de Michel Desjoyeaux, Sébastien Josse et Unai Basurko.


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