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Record en Kitesurf

Eric Gramond kite à près de 15 nds pendant 12 heures

Down wind de Paracuru à Luis Correia • Record du monde non homologué

vendredi 1er février 2008Christophe Guigueno, SeaSailSurfnaute

Eric Gramond nous raconte, comment, au cours d’un « kite-bivouac » de 10 jours avec son ami un ami Olivier Laugero, et d’une distance totale « de 1200 Km entre Natal et Sao Luis (Brésil) », il a réalisé « sans assistance une distance de 325 Km en 12h05 entre Paracuru et Luis Correia (Nord Est Brésil) battant ainsi le record de Dom Rivard (324 km en 17 h) ». Retour sur ce run à près de 15 neouds de vitesse moyenne sur ce qui pourrait être le nouveau record de distance parcourue en kitesurf.

« Cela fait un mois que nous sommes, Olivier Laugero et moi sur la côte atlantique du Nord Est Brésilien. Nous venons de réaliser un Down wind en Kite surf de 1200km entre Natal et Sao Luis. Nous sommes tous les deux parapentiste, nous avons utilisé la technique du vol bivouac. Pas d’assistance, ni véhicule ou bateau, un sac à dos avec un teeshirt, un pantalon, un hamac, des barres, de l’eau, la pompe pour gonfler les kites et un peu d’argent pour les nuits en gite quand c’est possible et surtout le retour en bus (27h). Nous avons réalisé un petit film visible prochainement sur www.flyozone.com. Il reflète bien l’ambiance bivouac avec les pêcheurs locaux, à manger poissons, crevettes et langoustines mais aussi l’engagement de certaines traversées de baies nous obligeant à naviguer à plus de 5 km de la côte.

Au km 700 de ce périple, Olivier et moi sommes passés à Jericoacoara, ancien petit village de pêcheurs, coincé entre une falaise et une dune magnifiques. En quittant la poussada (gîte), j’ai oublié mon appareil photo numérique étanche !! Arrivés à Sao Luis, la fin de notre raid, nous décidons de retourner à notre base Paracuru, Jericoacoara nous faisant faire un trop grand détour en bus. Je décide donc de revenir chercher mon appareil en down wind depuis Paracuru. C’est d’autant plus important pour moi qu’il y a sur la carte mémoire toutes les photos des vacances brésilienne de la famille !! Si je reviens sans celles-ci, ma femme et mes enfants me tuent !!

Me voilà donc ce 3 décembre sur la plage de Quebramar, spot de kite surf connu à Paracuru. Il est 5:35 lorsque je monte sur ma planche. Cette dernière part sûrement pour son dernier voyage, elle commence à être bien fatiguée. Une grande fissure sépare ma planche en deux entre mes pieds, laissant apparaître le noyau en bois. Pourvu qu’elle tienne encore jusqu’à Jerico !! J’ai avec moi un sac à dos dans lequel j’ai glissé un short , un teeshirt , mes tongs, avec un peu d’argent pour mon retour en bus, le tout protégé dans un sac en plastique du super marché du coin. J’ai également 2l d’eau dans un camel back et des pattes de fruits à la banane et la goyave dans une petite sacoche autour de la taille.

Je connais assez bien le parcours pour l’avoir fait plusieurs fois avec Olivier et mon fils Tommy, mais c’est la première fois que je le tente sur une journée. Je passe les 4 premières heures à "pomper" pour avancer, le vent est faible et ma 9m2 n’est pas forcément la plus adaptée. Je suis tellement occupé à faire bouger ma voile que je ne vois pas passer Icarai à 85 km de mon point de départ. C’est un joli petit village où nous avions séjourné avec Olivier lors de notre kite bivouac. C’était mon repère matérialisant à peu près la moitié du parcours jusqu’à Jérico. Je passe Porto do Barco à 10:20, le vent monte en puissance, mes bras sont soulagés !! Les plages et les baies se succèdent, la marée est encore suffisamment basse pour me permettre de naviguer de temps en temps au raz de la plage sur des zones bien planes. Je fais attention de ne pas déranger les pêcheurs jetant leurs filets au large, ils me saluent "todo bon ?". J’avoue avoir pris moins de précautions en traversant la ligne continue formée par les windsurfers à Jericoacoara, toutes mes excuses ! Il est 13:00, je ne pensai pas arriver si tôt, je viens de franchir à peu près 200 km, il me reste 5h de jour. Sans m’arrêter je décide de continuer pour voir jusqu’où je peux aller. Je ne ressent aucune fatigue, notre kite-bivouac nous a bien préparé. Le vent est maintenant bien fort, je bride ma 9m2 à fond. Manger mes pattes de fruits est toute une affaire. Sans lâcher la barre je dois ouvrir le zip de la sacoche étanche puis son système de fermeture et enfin saisir une patte de fruit "au jugé". Après plusieurs tentatives pour dépapilloter la friandise à une main, je décide de tout mettre dans la bouche et de recracher l’emballage (pas dans l’eau…) après avoir mangé la patte. Pas super agréable mais efficace !! Evidement il a fallu que je tombe alors que ma pochette était encore ouverte ... N’essayez pas, les pattes de fruits au sel de mer, c’est pas bon !!

Je n’avais pas d’incident à déplorer lorsqu’au large de Camocin, la ligne arrière gauche de ma voile, déjà bien usée par le kite-bivouac, cède au niveau de la barre. Je suis à 3 km au large, il me faut récupérer la ligne qui, évidemment, s’éloigne au fur et à mesure que je nage vers elle. Je bataille pendant 10 bonnes minutes avant de pouvoir l’attraper, je l’attache par un nœud de fortune à ma barre afin de rejoindre la plage et réparer. Maintenant le kite est plus délicat à piloté, j’ai été obligé de raccourcir l’arrière droit afin d’être symétrique. Trente minutes de perdues... J’avance doucement mais sûrement, je reconnais la plupart des villages, le soleil décline lentement, je l’ai dans les yeux, il ne m’aide pas à voir les pièges tels rochers, bancs de sable ou pieux plantés par les pêcheurs pour fixer leur filets. C’est d’ailleurs un banc de sable qui va m’obliger à descendre de ma planche pour la seconde fois depuis mon départ. Le voyant arriver depuis un moment, je me prépare à sauter par dessus en prenant un peu plus de vitesse. Je m’aperçois au dernier moment qu’il est bien trop grand et que je n’arriverai jamais à le franchir. Trop tard, la vitesse est prise, la suite n’est pas racontable... Je me félicite de ne pas avoir de bateau suiveur, pas de photos compromettantes !!

Prise de conscience, Eric calme toi, tu es tout seul, le coin est désert, c’est pas l’endroit pour avoir un pépin. J’en profite pour dépapilloter, normalement, une patte de fruit … je veux dire avec les doigts. Les deux dernières heures avant la nuit sont magnifiques, le soleil couchant mets lentement le feu à la mer. Je vois pointer la jetée de Luis Correia, je décide de m’arrêter là, c’est un gros village, le retour en bus sera moins galère. Il est 17:40, j’ai kité 12h et franchi 325 km ou 175,40 miles. Je suis de retour à Paracuru 36 heures plus tard après avoir usé tous les modes de transport du coin, taxi, bus, moto… Mes amis me disent que c’est le nouveau record du monde de distance sur une journée mais qu’il n’a aucune chance d’être homologué puisque qu’il n’y a pas de témoins et pas de tracé gps. C’est une super nouvelle … j’ai un prétexte pour y retourner l’année prochaine !! »

Eric Gramond


Les records de distance en kitesurf

date kitesurfer nationalité kilomètres milles vitesse moyenne
nc Andreya Wharry GBR 213 Km 115 m nc
février 2006 Dom Rivard FRA 277,8 Km 150 m 15,8 nds
novembre 2006 Philipp Knecht SUI 300,57 Km 162,30 m 13,5 nds
mars 2007 Dom Rivard FRA 324 Km 175 m 10 nds
novembre 2007 Eric Gramond FRA 325 km 175,5 m 14,6 nœuds (12 heures)

Records déclarés à la rédaction de SeaSailSurf.com



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