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Trophée Alain Colas

616,07 milles en 24 heures au compteur de Francis Joyon

Le skipper du trimaran IDEC améliore le record en solitaire d’Yvan Bourgnon

mercredi 12 décembre 2007Redaction SSS [Source RP]

Dans sa cavalcade effrénée au cœur de l’Océan Indien à la poursuite du record du tour du monde en solo, le navigateur français Francis Joyon vient d’atomiser un autre record mondial, celui de la plus longue distance parcourue en 24 heures par un solitaire. A bord du maxi-trimaran IDEC, Joyon a parcouru 616,07 milles entre hier et aujourd’hui à 15 heures. Soit une moyenne horaire de 25,66 nœuds [2]… Presque un hasard, à en croire le principal intéressé !

Poussé depuis son entrée dans l’Océan Indien par la menace d’un front dépressionnaire virulent qui fait souffrir les concurrents de la Barcelona World Race, Francis Joyon et IDEC, à force d’aligner les journées à 600 milles, ont donc fini par faire tomber un nouveau fabuleux record. « Le jeu consiste pour moi depuis plusieurs jours à faire marcher le bateau à fond pour ne pas me faire dépasser par le front. Tant que je reste en avant de la dépression, j’ai un vent de Nord Ouest pour 25/30 noeuds parfait pour le bateau, et surtout une mer plate idéale pour aller vite. Mais je sais que d’ici 24 heures le vent va commencer à tourner Sud Ouest et c’en sera terminé de la grande cavalcade… »

« Ce n’était pas au programme… »

Francis Joyon s’est montré ravi mais au demeurant peu surpris de ce record ; « Je n’avais pas l’intention d’aller chercher ce record des 24 heures, mais puisque les conditions m’y obligent, autant y aller…Ce n’était pas au programme de ce tour du monde. En restant en avant du front, c’est 600 milles par jour. Le front me rattrape petit à petit et je dois encore accélérer jusqu’à demain. Le record, c’est la cerise sur le gâteau. Les conditions sont quand même exceptionnelles car aucune dépression n’est venu perturber l’état de la mer. J’ai une houle de Sud Ouest de 2 mètres, ce qui est très raisonnable… »

En hommage à Raymond Rallier du Baty

« Je dédie ce record à Raymond Rallier du Baty [3], qui a écrit un joli livre ‘Aventures aux Kerguelen’ que j’avais emporté il y a 4 ans » a poursuivi Francis Joyon. « Je pense à lui car je suis au Nord des Kerguelen. Ce garçon était parti avec son frère et un petit équipage de 5 personnes à bord d’un voilier. Ils avaient cartographié les Kerguelen au tout début du 20e siècle. Il est parti dans l’inconnu, pour l’aventure et il a, grâce à ses relevés, apporté une réelle contribution à la marine. »*

30 noeuds de vent et les haut fonds

Les remontées de fonds à proximité des Kerguelen ont naturellement rendu l’état de la mer plus chaotique. Avec un vent toujours aussi soutenu, 30 noeuds ce matin, c’est un moment plutôt musclé que vient de connaître Francis Joyon. Avec deux ris dans la grand voile et le tourmentin de 45 m2 à l’avant, il n’a pour autant pas levé le pied, plus que jamais concentré à gagner toujours et encore le plus loin dans l’est. « Je suis travers au vent et ça allume pas mal. IDEC lève souvent la coque. Je fais alors un petit choqué « et cela passe sans problème ». Dieu que cela semble simple ! Francis espère conserver ce vent pendant encore 24 heures avant de connaître un petit ralentissement « Il faut que je reste encore 24 heures devant le front. Je dois contourner l’anticyclone par le Sud pour espérer retrouver à nouveau du Nord Ouest." « je me reposerai dans 24 heures… »

Par le travers des Kerguelen, le trimaran IDEC continue ainsi d’arpenter à pas de géant l’Océan Indien. A 1 800 milles de Leeuwin, une nouvelle donne météo se présentera cependant à lui dans les prochaines 24 heures, qui devrait perturber et ralentir sa belle trajectoire, avec des zones moins ventées à négocier. Mais son avance sur le parcours référence d’Ellen MacArthur augmente toujours : elle tutoie cet après-midi les 2 000 milles.

Info presse Mer & Media / www.trimaran-idec.com


[1Ce « chrono » devra faire l’objet d’une ratification par le World Sailing Speed Record Council. Le précédent record avait été établi le 6 août 2006 par le trimaran de 60 pieds « Brossard » d’Yvan Bourgnon avec une distance de 610,45 milles.

[2Ce « chrono » devra faire l’objet d’une ratification par le World Sailing Speed Record Council. Le précédent record avait été établi le 6 août 2006 par le trimaran de 60 pieds « Brossard » d’Yvan Bourgnon avec une distance de 610,45 milles.

[3Raymond Rallier du Baty : Fils d’un capitaine de vaisseau et neveu d’un amiral, Raymond Rallier du Baty commence sa carrière à bord du "Français" de Jean-Baptiste Charcot. Ayant par goût choisi la Marine marchande, il embarque comme "matelot élève" et il participe à la première expédition de Charcot. Dès son retour en France, Raymond Rallier du Baty (alors seulement agé de 25 ans) organise avec son frère Henri (jeune capitaine de de 27 ans) une expédition aux îles Kerguelen, "Une campagne, la plus audacieuse que l’on puisse imaginer, foi de Breton". Il demandent l’aide de la Société de Géographie, du Muséum et des frères Bossière, mais, malgré le soutien de Charcot, pour réunir les fonds Raymond vend une propriété familiale.
- Leur navire sera un vieux ketch de pêche de 18 m. renommé "J.-B. Charcot". Ils prévoient d’exploiter l’huile de phoques pour payer l’équipage de 4 hommes. Partie de Boulogne en Septembre 1907 pour arriver à Melbourne en Juillet 1909, cette expédition, malgré les difficultés financières, fera la première exploration systématique des Kerguelen. Ils vendront le"J.-B. Charcot" en Australie pour payer le voyage de retour... mais leur seule idée est de repartir ! Après une brève parenthèse aéronautique, Raymond Rallier du Baty fait construire un nouveau voilier, "La Curieuse" de 16,6 m. seulement, mais robuste et marin. L’équipage est de 5 hommes et 3 officiers, le second est le capitaine Jean Loranchet (Lieut. Georges Saint-Lanne-Gramont, maître d’équipage Serrandour, matelots Yves André, Albert Seyrolle, Louis Rabre, Henri Boudoux). Le 16 Juillet 1912 ils appareillent encore de Boulogne pour une nouvelle campagne aux Kerguelen, qui durera d’Octobre 1913 à Mai 1914 et pendant laquelle ils dresseront une excellente carte de l’archipel.


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