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Analyse de plans

De Rucanor à Paprec-Virbac, une histoire de flaps !

Comparaison et évolution des plans Farr avec ou sans trim-tab

vendredi 9 février 2007Christophe Guigueno

« À chacun son Farr ! » Voilà comment on pourrait analyser la situation actuelle après la sortie retentissante du dernier-né de la série du cabinet américain. L’équipe de Jean-Pierre Dick a dévoilé, lors de la mise à l’eau de Paprec Virbac, son volet mobile sous-marin. C’est l’occasion pour SeaSailSurf.com de tenter de tenter comprendre son fonctionnement et de le comparer avec ses aînés.

Le premier à imaginer contacter le cabinet basé aux USA, pour l’édition 2000 du Vendée Globe, serait Michel Desjoyeaux. Il y pense alors avant de faire construire un 60 pieds dans un moule de coque sur plans Finot – Conq et fermé par un pont Lombard… « Mais ce n’était pas leur premier 60 pieds » se rappelle Mich’Desj. « Le premier est Kiwi Express, un voilier d’une autre génération que Guy Bernardin avait acheté après avoir perdu Biscuits Lu en mer. » Ce premier 60’ pieds Farr avait été lancé en 1986 pour le BOC Challenge. Mais c’est une autre époque.

Ce sera finalement Jean-Pierre Dick qui sera le premier à lancer un 60 pieds sur plans Farr avec Virbac Paprec en vue du Vendée Globe 2004. Ce premier 60’ « designed in America » se fait remarquer par son mât plus haut que tous les autres et par ses pointes de vitesse Vitesse #speedsailing qui lui permettent de remporter pas moins de deux Transat Jacques Vabre Transat Jacques Vabre #TJV2015 en 2003 et 2005. Quatre ans après sa mise à l’eau, la même équipe vient de lancer à Tauranga en Nouvelle-Zélande un deuxième plan Farr. Ce nouveau Paprec Virbac (inverser les noms !) est alors le quatrième plan Farr de 60 pieds (génération Open) après son aîné et, lancés en 2006, PRB de Vincent Riou et Delta Dore de Jérémie Beyou. Suivront ensuite le nouveau Foncia de Michel Desjoyeaux « qui sera mis à l’eau avant la Calais Round Britain Race », « Caroline » construit en Nouvelle-Zélande à la suite de PV de JPD et le premier bateau (des deux en projet) du team Offshore Challenge construit sur l’île de Wight. Soit pas moins de sept nouveaux Farr lancés en deux ans pour le Vendée Globe 2008 !

Mais tous ces bateaux ne seront pas identiques. Selon la technique de Farr Yacht Design qui est habitué à travailler avec des équipes concurrentes que ce soit sur la Coupe de l’America ou de la Volvo Ocean Race Volvo Ocean Race #VolvoOceanRace , chaque team choisit ses options et ses carènes en fonctions de ses budgets de construction et de recherche et développement. Farr peut aussi proposer une carène de base, pour les petits budgets, et proposer des options. C’est le cas du trim tab de Paprec Virbac qui a été proposé à toutes les équipes. Sébastien Josse, chargé par Marc Turner et Ellen MacArthur du suivi du projet du premier plan Farr construit à Cowes confirme que cela leur a aussi été proposé. Mais la construction, lancée en décembre 2006 sur les fonds propres de la société, ne dispose pas des mêmes budgets que d’autres teams plus aisés. Luc Talbouret, chef de projet du « bateau qui s’ouvre » ou « bateau qui sourit » confirme une option qui se chiffre à 60.000 Euros. Mais comme le team Paprec Virbac est associé à celui de « Caroline », les coûts en amont de R&D ont dû être partagés…

Mais comment fonctionne le trim tab ?

Si l’on regarde un peu plus près le tableau arrière du Farr bleu comparé au Farr vert et au Farr orange (voir photos ci-dessous), la différence qui s’impose est, bien entendu, le volet mobile sous-marin. Profond d’un mètre, celui-ci remonte sur les flans au-delà de la ligne de flottaison. Son arrière peut descendre d’une vingtaine de centimètres grâce à quatre bras coulissants. L’avant du volet reste alors au niveau de la coque tout en se décalant de celle-ci vers l’arrière. L’angle du volet crée alors une portance supplémentaire à la coque comme cela existe sur les bateaux à moteur, sur les maxis Bols équipés de petits volets sous la jupe et surtout, dès 1985, avec le vainqueur dans sa classe de la Whitbread, Rucanor de Guy Ribadeau-Dumas.

L’architecte se souvient : « Sur la photo de Rucanor, le tableau arrière est en position basse au près. Mais le système avait été interdit avant le départ de la course et on l’avait bloqué en position basse. Toute la jupe, en arrière de la 2e mesure de chaîne, pouvait pivoter entre 6 et 12 degrés. Cela permettait de limiter le tangage au près. Cela jouait aussi le même rôle que les flaps des bateaux à moteur : au bon plein, cela permettait d’abaisser l’étrave de 10 centimètres. » Mais les 60 pieds Open sont aujourd’hui bien différents des IOR de l’époque, en particulier sur leurs lignes de flottaison au maximum de la longueur de coque admise (60 pieds = 18,28 mètres).

La jupe de Rucanor ou les tabs du maxi bols

En plus, « sur Rucanor, c’était plus sophistiqué, continu et sans ouvertures sur les côtés, les flancs du trim se refermaient vers l’intérieur lorsqu’on le descendait. L’intervalle entre la coque et le trim est comblé par des sacs d’air dont le gonflement à basse pression commande la descente et le maintien en position. » Sur le 60 pieds de Jean-Pierre Dick, c’est donc un fond de coque qui s’ouvre, comme une boîte aux lignes bien arrondies. « Il va obtenir le même résultat que Rucanor » pense Ribadeau-Dumas. À savoir « pouvoir changer l’assiette du bateau en pouvant le remettre sur le nez, au portant quand il est peu gîté et ainsi augmenter la longueur à la flottaison ».

D’un autre côté, Dick a déclaré à l’AFP qu’en position haute, cela diminuait la surface mouillée. En fait, la position haute est la position collée à la coque. Le gain en surface mouillée est alors à comparer avec les carènes des autres 60 pieds non-équipés du « flap ». Les voiliers ultra-larges et disposant d’un bouchain et d’un fond plat ont alors plus d’eau à traîner dans le petit temps et une carène plus déformée au près. On voit d’ailleurs sur les photos des tableaux arrière comparés de PRB, Delta Dore et Paprec Virbac que les lignes sont plus ou moins tendues en coupe. Il doit aussi en être de même pour les lignes longitudinales comme le pense Pierre Rolland, l’architecte de Cheminées Poujoulat de Bernard Stamm. Plus de « rocker » offre alors plus de polyvalence au bateau. Le « flap » pourrait alors ne pas être l’arme fatale de la longue chevauchée au portant de Bonne Espérance au Horn… Mais sa carène polyvalente un bon plus pour l’aller-retour en Atlantique. De quoi tenir la comparaison au portant avec les luges de Finot-Conq et au près avec les sages plans d’Owen Clarke ?

Qu’en pensent les autres ?

En attendant les premières comparaisons entre ces belles machines, qu’en pensent les « concurrents » du Farr bleu. Le bateau qui rie (ce n’est finalement pas celui de Kito de Pavant) fait-il sourire ou inquiète-t-il ? La réponse de Michel Desjoyeaux est claire : « C’est une très belle opération médiatique ». Le « Professeur » n’est donc pas convaincu et n’a pas dû retenir l’option aileron sous-marin du cabinet Farr. « Vous verrez bientôt si on l’a fait sur Foncia ou pas ! » ajoute Mich’Desj avant de temporiser jugeant « la démarche intéressante ». Sébastien Josse, le « conseiller technique » d’Offshore Challenges, la trouve « vachement intéressante » rappelant que « Farr l’a proposé à tout le monde ».

Guillaume Verdier, co-architecte avec Vincent Lauriot-Prévost des futurs 60 pieds de Marc Guillemot (Safran) et Kito de Pavant (Bel) trouve l’idée intéressante lui-aussi : « Nous (VPLP-Verdier) avons testé de tels dispositifs en bassin ce dispositif qui existe sur le maxi Bols. Le principe fonctionne forcément au-delà d’une vitesse Vitesse #speedsailing critique et particulièrement pour des coques à fort rocker sur l’arrière (soit peu tendues sur l’arrière). Ensuite tout est dans le compromis de la vitesse à laquelle cet artifice commence à être efficace et le prix que l’on est prêt à payer en poids. De plus, les coques d’Open 60 sont souvent déjà extrêmement tendues. »

Avec un surpoids de moins de 100 kg et une carène différente, le nouveau Paprec Virbac fait en tout cas parler de lui. Il lui reste à valider ce concept et à montrer son tableau arrière à ses concurrents sur les prochaines course. Rira bien qui rira le… premier ! Non ?

Ch.Guigueno

"Montre ton tableau arrière, je te dirai qui tu es !" ;-)


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