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La succès story d’une entreprise vendéenne bâtie sur le Globe

La saga PRB de Hasselin à Riou en passant par Autissier et Desjoyeaux

jeudi 4 novembre 2004Christophe Guigueno

Il y a quatre ans, l’entreprise PRB lançait un voilier de course à l’abordage d’un troisième tour du monde en solitaire et sans escale. Cette troisième tentative fut la bonne. Michel Desjoyeaux, troisième skipper maison après Jean-Yves Hasselin et Isabelle Autissier, s’imposait de main de maître en février 2001. Cette année son bateau repart. Avec Vincent Riou cette fois-ci à sa barre. Une bonne occasion pour faire un point sur la success-story d’une des nombreux entreprises vendéennes engagée sur le Vendée Globe.

Les skippers PRB : Isabelle Autissier (1996), Vincent Riou (2004), Jean-Yves Hasselin (1992) et Michel Desjoyeaux (2000).
Photo : Bernard Gergaud

Au départ de ce cinquième Vendée Globe, les entreprises vendéennes sont tout aussi impliquées que les habitants venus soutenir les concurrents. Comme le dit Eric Coquerel, le responsable communication des membres de l’écurie de Michel Desjoyeaux (Vincent Riou pour PRB et Sébastien Josse pour VMI), "il y a une véritable filière vendéenne du sponsoring voile". Et lorsque l’on observe les couleurs portées par les monocoques amarrés dans le port des Sables d’Olonne, force est de constater que les entreprises locales se sont parfaitement approprié la course initiée en 1989 par Philippe Jeantot.

La filière vendéenne du sponsoring voile

Sur les vingt engagés cette année, il y a sept étrangers pour treize navigateurs français. Un seul est installé depuis longtemps en Vendée, il s’agit de Raphaël Dinelli. Mais on peut dénombrer quatre bateaux aux couleurs vendéennes avec : VM Matériaux barré par Patrice Carpentier (deuxième participation en 4 ans), Akéna Vérandas avec Dinelli (première apparition sur le Vendée Globe), VMI avec Sébastien Josse (première apparition), PRB avec Vincent Riou (quatrième participation). L’entreprise PRB est d’ailleurs associée pour l’occasion avec une autre société de la Région, le Groupe Sogal qui avait déjà soutenu Dinelli il y a quatre ans. A ce club des cinq, on peut encore associer Sodébo. Le fabriquant de pizzas fraîches avait parrainé Thomas Coville en 2000. S’ils sont passés du monocoque autour du monde au trimaran, ils reviennent sur la course en devenant le partenaire principal de l’organisation contre un chèque de deux millions d’Euros. Enfin, il reste l’infortunée société Cheminée Poujoulat, partenaire de Bernard Stamm. Mais le Suisse qui a cassé son bateau lors de la Transat Anglaise n’est pas parvenu à s’aligner au départ.

Cela fait donc sept entreprises de Vendée impliquées plus ou moins directement sur cette cinquième édition du tour du monde en solitaire et sans escale. Des entreprises qui avaient déjà répondu à l’appel de Philippe de Villiers en début d’année quand il avait fallu mettre la main au pot et constituer la société d’économie mixte qui a repris la direction de l’organisation de la course.

Exemple parfait de cette "filière vendéenne", l’entreprise PRB a construit sa communication autour de la course tout en tirant largement profit de ses retombées médiatiques comme internes. Les patrons de la société ne cachent d’ailleurs pas le parcours et les résultats de cette réussite. "Nous avons soutenu Jean-Yves Hasselin en 1992 sur un coup de coeur" explique Jean-Jacques Laurent. L’entreprise mise alors 400 000 Francs sur le skipper alors que son chiffre d’affaire annuel voisine les 80 à 100 millions de Francs. "Les clients nous ont dit que c’était bien alors on a continué" ajoute-t-il. En 2004, PRB, basée à la Motte Achard à quelques kilomètres des Sables affiche un chiffre d’affaire de 80 millions d’Euros, une progression de 15 pour-cent par an "dont cinq pour-cent sont liés au phénomène bateau". Plus que le retour médiatique ou grand public, c’est d’ailleurs le B to B (business to business) qui en est le principal responsable. "Soixante dix pour-cent des architectes naviguent ou ont fait du bateau. Et c’est notre clientèle principale en prescription directe de nos produits" explique Jean-Jacques Laurent qui n’hésite pas à les inviter autour ou sur le bateau. Et ce résultat est d’ailleurs plébicité par les commerciaux de l’entreprise qui votent à 100 pour-cent (à mains levée) pour la continuité de cet engagement nautique qui est désormais loin d’être la danseuse des patrons mais est devenu leur principal axe de communication.

Hasselin, Autissier, Desjoyeaux et Riou : les mousquetaires du bâtiment

Tout avait donc commencé par un coup de coeur. Mais la success-story de PRB est avant tout le résultat d’un travail d’équipe. Depuis Autissier, les marins se passent la barre avec la confiance des patrons de l’entreprise. Autissier avait présenté Desjoyeaux qui lui-même a présenté Riou, non sans créer par la même occasion une véritable écurie de course pour conserver la gestion du projet. Cette écurie de course gère d’ailleurs aussi le bateau VMI. Quand les entreprises vendéennes s’investissent dans la voile, c’est aussi en suivant les conseils avisés de leurs aînés...

Jean-Yves Hasselin est donc le premier skipper à naviguer sous les couleurs des Produits de Revêtement en Bâtiment. Il prend le départ du deuxième Vendée Globe qu’il termine à une honorable 7e place sur son plan Lucas en aluminium conçu en 1989.

"Mon bateau avait été construit dans l’espoir de participer au premier Vendée Globe. Finalement, ce projet n’a pu aboutir. Par contre, j’étais décidé à prendre le départ du 2e Vendée Globe vaille que vaille. J’ai rencontré Jacques et Jean-Jacques Laurent - dirigeants de PRB - seulement 10 jours avant le départ. Ils m’ont donné 400 000 francs. J’ai ainsi pu acheter des voiles neuves et de l’électronique et partir dans de meilleures conditions. En l’espace de 12 ans, les bateaux ont énormément évolué. Par exemple, le poids des nouveaux bateaux n’a plus rien à voir avec ceux de 1992. Aujourd’hui, on est à 8,5 tonnes alors que nous, nous étions à 13 tonnes. La surface de la Grand’Voile a beaucoup augmenté. On est passé de 120 m2 à 160 m2. Les bateaux d’aujourd’hui sont plus rapides et plus optimisés. J’ai pu naviguer à bord de PRB avec Vincent il y a quelques jours et je trouve que c’est un bateau extraordinaire. Il est beaucoup plus maniable que ne l’était mon PRB et surtout tellement plus puissant !"

En 1996, c’est Isabelle Autissier qui a retenu la confiance des patrons de l’entreprise vendéenne. Elle s’engage sur le troisième Vendée Globe à la barre du plan Finot-Conq, spécialement construit pour l’occasion. La navigatrice victime d’une rupture d’un de ses safrans sera contrainte à faire une escale technique, synonyme d’abandon. Isabelle choisira toutefois de repartir après cette escale. Elle sera le deuxième marin à rallier le port des Sables d’Olonne mais hors course.

"Je trouve que la flotte IMOCA [1] ne cesse d’évoluer. Il y a 8 ans, nous avions le sentiment d’être à la pointe de la technologie. Je crois d’ailleurs que nous y étions. Mais c’est très agréable de constater que finalement, un gros travail sur certains détails et sur la bonne gestion du bateau est réalisé encore aujourd’hui. C’est un aspect très important. Ces monocoques 60’ ne cessent de grandir. Le côté « Open » de la classe permet d’apporter sans cesse des solutions et de chercher en permanence des évolutions. Je pense que les grands changements sont particulièrement significatifs dans les matériaux et les appendices. Concernant les matériaux, je me souviens que nos gréements étaient essentiellement constitués de câble. Aujourd’hui, le textile est largement utilisé, ce qui a des implications importantes sur le gain de poids. Concernant les appendices et les quilles, un énorme travail a été réalisé. En 1996, nous avions les safrans accrochés sous le bateau. Quand on sait le nombre d’abandons liés à une casse des safrans, on comprend pourquoi, aujourd’hui ces appendices sont le plus souvent relevables et surtout beaucoup plus accessibles. Enfin, je crois que l’informatique et l’électronique embarqués permettent aujourd’hui au marin de gagner beaucoup de temps sur des tâches répétitives. Cela permet de se concentrer davantage sur les phases d’analyse et sur la gestion du bateau. Avec ces outils, le marin a gagné en intelligence par rapport à son environnement."

Quand Isabelle annonce son retrait de la course au large, elle propose aux Laurent un successeur de talent. Ce sera Michel Desjoyeaux, héros de la Vallée des Fous à Port-La-Forêt. Le spécialiste du monotype Figaro-Bénéteau impose son style et son expérience du solitaire sur la préparation du Vendée Globe. Il se fait construire un nouveau plan Finot-Conq équipé d’un pont dessiné par... Marc Lombard. Après avoir poussé à la faute Yves Parlier, contrôlé Roland Jourdain et contré Ellen MacArthur, Mich’Desj boucle son tour du monde en un temps record de 93 jours 3 heures et 57 minutes et offre à PRB leur première victoire. C’est d’ailleurs avec son ancien bateau que Vincent Riou repart.

"Les moments que j’ai vécus il y a quatre ans sont gravés à tout jamais dans ma mémoire. Je reconnais le PRB de Vincent car il a quand même gardé pas mal de chose. Mais il s’est également bien approprié le bateau. Il a décidé seul de la majeure partie des évolutions apportées à PRB. Parfois, il m’a demandé mon avis. Je crois que cette notion d’appropriation est très importante. A mon sens, il est essentiel que la personne qui navigue sur le bateau soit à l’initiative des différents changements. Je suis ravi de voir que l’histoire maritime de PRB se poursuit avec Vincent. Chez PRB, les relations humaines sont capitales et Jacques et Jean-Jacques Laurent ont appris à connaître Vincent lors de la construction de PRB.Vince faisait alors partie de mon équipe à terre. J’avais conseillé à Jacques et Jean-Jacques de faire une course avec Vincent pour être sûrs de leur choix quant à ma succession. C’est ce qu’ils ont fait en 2002, en accompagnant Vincent sur la Solitaire du Figaro. Sa place de 4e les a définitivement rassuré !"

Le skipper 2004 est désormais Vincent Riou, ancien préparateur de Michel Desjoyeaux depuis la construction du bateau en 1999 et membre de son team de course au large "Mer Agitée". A la barre de PRB depuis 2003, Vincent a remporté la Calais Round Britain Race, terminé 2e du Fastnet et 4e de la Transat Jacques Vabre. En deux ans, il a refondu le bateau vainqueur du dernier Vendée Globe afin de prendre le départ de la 5e édition avec de grandes ambitions.

"En 1993, j’ai découvert la course au large un peu par hasard lors de la Route du Café à bord d’un 60’. L’épreuve se courait à l’époque en solitaire. J’ai eu une grosse voie d’eau pendant la course qui m’a empêché de régater. Mais j’ai absolument tenu à finir ma transat. A l’arrivée, je me suis rendu compte qu’il me manquait pas mal de billes pour faire de la course au large à un bon niveau. J’ai donc décidé de retourner à l’école. Et la meilleure école, c’est celle du Figaro ! J’ai donc participé à ma première solitaire du Figaro en 1997. Ensuite, j’ai intégré l’équipe de Mich Desj pour la construction de PRB. Au retour du Vendée Globe de Michel, j’ai décidé de retourner naviguer car pendant deux ans - le temps de la construction -, cela m’avait profondément manqué. J’ai donc enchaîné deux solitaires après cette expérience de chantier. Et puis, il y a eu la proposition de Jacques et Jean-Jacques Laurent. J’ai accepté tout de suite. Une proposition comme celle là ne se refuse pas ! J’aime les relations simples qui règnent au sein de PRB. Jacques et Jean-Jacques ont tout compris de la voile et du sport. Ils m’ont offert la possibilité de faire évoluer le bateau comme je le souhaitais. Aujourd’hui, j’ai un bateau très prêt et je suis ravi de prendre le départ du Vendée Globe. Cela fait deux ans que j’en rêve, je suis impatient. C’est vrai que l’héritage est lourd. Prendre le relais de marins comme Jean-Yves Hasselin, Isabelle Autissier et Michel Desjoyeaux n’est pas une tâche facile. Mais je sais que j’ai l’entière confiance de PRB et des autres partenaires du bateau. Je pense qu’il y a trois groupes dans cette flotte. Il y a les bateaux neufs qui ont un plus gros potentiel. Il y a une « bande de jeunes » dont je fais partie avec Sébastien Josse, Conrad Humphreys et Alex Thomson. Et puis, il y a les marins à redécouvrir, ceux qui ont une grosse expérience mais qui ont des bateaux un peu moins performants. La flotte de ce Vendée Globe 2004 est particulièrement ouverte !"

A la différence de Sodébo, PRB n’avait pas souhaité suivre Michel Desjoyeaux sur le circuit multicoque. "Trop cher". Que feront donc les Laurent après février 2005 ? Quel sera le prochain skipper a prendre le relais de Vincent Riou ? En tout, nul doute que la saga continuera...


[1International Monohull Class Association : Classe qui gère les règles de jauge des monocoques Open 60.



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