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Architecture navale

Les Moths montent sur leurs foils et montrent une nouvelle piste de décollage

Ces "nouveaux foilers" débordent les "nouveaux dériveurs" avant de faire décoller les futurs grands voiliers

lundi 27 septembre 2004Christophe Guigueno

Lors du championnat d’Europe 2003 de Moth aux Sables d’Olonne sont apparus à la face du monde de la voile une nouvelle race de voiliers. Les bi-foilers ! Cette année, un tel engin s’est même imposé face aux carènes à déplacement sur une épreuve en Australie. Et si ces nouveaux bateaux volants qui laissent déjà les "nouveaux dériveurs" au siècle précédent inspiraient des voiliers beaucoup plus grands...

Rohan Veal a terminé troisième du championnat du monde à La Rochelle en 2003

Né pendant l’entre deux guerres, le Moth est une jauge à restriction dont un de ses exemplaires bien connu est l’Europe, série olympique chez les filles. Pourtant, cette classe de bateau est bien éloignée de ce monotype. C’est dans les années 70 que les partisans des bateaux à jauge ont lié leurs règles avec celles des Australiens pour développer une nouvelle classe de bateau gérée par l’actuelle IMCA. Les principales bases de cette jauge sont une longueur hors tout de 3,35 mètres (11 pieds), 2,25 mètres de large et une surface de voilure de 8 mètres carrés.

L’intérêt de cette classe de bateau tient dans son rare esprit de libre conception. Les régatiers sont aussi des architectes ou des constructeurs comme dans l’esprit de la Classe Mini en course au large. Du coup, les concepteurs se sont investis dans des voies encore inexplorées en dériveur. Une construction high tech en carbone de coques de 30 cm de large pour 10 à 20 kilos de pois. Mais cela ne leur a pas suffi. Ils ont donc eu l’idée de placer un foil en T à l’extrémité des safrans pour contrer la tendance à enfourner de ces canoës gréés par une espèce de voile de planche de fun et équipés de wings de rappel...

En 2000, Brett Burvill radicalise la conception des Moths en équipant l’extrémité avant de ses wings de foils inspirés d’un voilier ainsi équipé en 1998. Son dériveur devenu foiler décolle. L’image est impressionnante mais pas les résultats... Pas encore. Mais l’engin retient l’attention des jaugeurs lors des nationaux australiens. Si les foils partent des ailes de rappel, on a donc trois entrées dans l’eau. Ce n’est plus un dériveur mais un multicoque. Exit le tri-foiler ! En 2002, John et Garth Ilet reprennent une autre idée lancée en 1999... le bi-foiler. Ils placent donc un foil en T inversé en lieu et place de la dérive centrale.

Il faut attendre le championnat du monde aux Sables d’Olonne en 2003 pour voir un autre Australien, Rohan Veal, parvenir à maîtriser l’engin. On imagine difficilement un dériveur étroit se lever au-dessus de deux foils en T puis garder cette position. Alors l’imaginer concurrencer des dériveur à déplacement sur un parcours olympique... Impossible ! C’est pourtant la performance qu’a réussie Veal en France en terminant sur le podium du mondial ! Avec des pointes à 30-35 noeuds, souvent 20% plus rapide que les meilleurs Moths classiques, le bi-foiler de Rohan Veal remporte même en 2004 le National en Australie, posé sur des foils conçus par John Ilet.

La face du monde du dériveur a-t-elle changé ?

Extrait du brevet de Greg Ketterman publié en 1992

Il y a peu on baptisait nouveau dériveur les voiliers inspirés des skiffs australiens comme les 49ers. Une coque planante, des ailes de rappel, un gréement sur-puissant, le dériveur olympique représentait le top de la régate en baie. Les voici-donc qui viennent de prendre un sacré coup de vieux avec ces engins venu eux-aussi de l’hémisphère sud. De même, les foilers classiques peuvent revoir leur copie...

Un des premiers foilers spectaculaire fut la maquette du futur Paul Ricard d’Eric Tabarly. On se souvient de cette coque de Tornado équipée de deux petit flotteurs sous lesquels ses architectes avaient posé des foils droits et inclinés. Inspirés par les foils à moteur, les concepteurs étaient parvenus à faire décoller la maquette mais jamais le multicoque de course au large (lourdement construit en aluminium). Depuis, les technologies de construction ont évolué et il est possible de fabriquer de grands multicoques assez léger pour espérer décoller. Les trimarans de 60 pieds possèdent tous des foils courbes sous leurs flotteurs pour déjauger. Mais ils ne décollent pas pour autant. Enfin pas complètement.

De son côté, Alain Thébault insiste du côté originel du concept Paul Ricard avec l’Hydroptère. De nombreux soucis techniques ont plus souvent cloué le foiler au sol qu’au dessus des mers. Son principal défaut, lorsqu’il décolle étant d’ailleurs de vouloir amerrir au plus vite. Logique. Avec l’accélération, le décollage sur les foils se poursuit jusqu’à ce que la surface immergée diminue au point de ne plus lever l’engin au dessus de son élément ’naturel’. Plouf ! Ça décroche... avant de repartir.

Greg Ketterman avait pourtant trouvé la solution apte à faire voler un voilier au dessus de l’eau. En 1992, il dépose un brevet original. Le Trifoiler est équipé de deux petits flotteurs prolongés par des palpeurs. Ces palpeurs servent à contrôler l’incidence du foil en L courbe placé sous chacun des flotteurs. Génial : le flotteur sous le vent décolle et pousse l’engin vers le haut. Le foil en T derrière la coque et au bout du safran stabilise l’assiette. Et le foil au vent dont le flotteur s’est levé lui aussi mais dont le palpeur pend vers l’avant effectue une poussée inverse à celle du foil sous le vent. Du coup il tire sur le gréement quand son opposé le pousse. Fini l’effet décollage - amerrissage ! Mais le concept ne sera jamais développé plus loin qu’un bateau de série construit par Hobie Cat à partir des prototypes du trifoiler.

Vers un bi-foiler de 60 pieds ?

Revenons au bi-foiler. Trois foils dont deux lèvent en même temps ne fonctionne que pour assister une coque à déplacement de trimaran pour déjauger et éviter l’enfournement. Sinon, dans l’esprit de l’Hydroptère, cela ne fonctionne que sur une maquette et dans les années 70... Le Trifoiler façon Ketterman n’a pas été testé à grande échelle et le foil au vent qui tire et régule l’assiette du bateau décollé ne semble pas avoir intéressé beaucoup de monde. Et si le bi-foiler façon Moth du 21e siècle débarquait en course au large ?

A bord de monocoques comme les 60 pieds Open, l’effet foil est déjà d’actualité. Les quilles inclinables agissent tel des foils lorsqu’elles sont basculées au vent. Le Néo Zélandais Chris Sayer imagine même s’inspirer des foils courbes des trimarans pour équiper un tel monocoque de foils en lieu et place des dérives actuelles. Pourquoi pas...

Et en extrapolant ce concept à un trimaran de type 60 pieds. Les flotteurs deviendraient inutiles. On prend alors une coque centrale de trimaran. On lui garde des bras de liaison tronqués pour garder une plate forme de manoeuvre et tenir le gréement. Sous coque centrale, on fixe un énorme foil en T inversé, tout comme sous le safran central et on n’oublie pas le sensor à l’étrave. Avec l’économie de poids des flotteurs on peut installer un gréement plus léger. Pour conserver le couple de rappel maximum, il est possible de fixer des wings basculants comme au temps des Formules 40. Et hop ! Décollage... Un bi-foiler de 60 pieds serait-il alors capable de rivaliser avec les meilleurs trimarans actuels sur un parcours banane de grand-prix ?

• Plus d’informations sur les Moths

- Classe Moth australienne : www.moth.asn.au
- Classe Moth française : http://www.imca-france.fr.st/
- Le site de Rohan Veal : www.rohanveal.com (Remerciements à Rohan pour ces infos et sa réponse rapide)
- Fasacraft (fabriquant des foils) : http://www.fastacraft.com
- Contact classe française : David Balkwill [dbdesign@wanadoo.frmailto:dbdesign@wanadoo.fr]
- Site sur les skiffs : http://www.breizhskiff.com

A lire : Article publié dans Seahorse d’octobre 2004



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