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The Transat • 19h00

Desjoyeaux fait le break • Golding file à l’Anglaise

Les solitaires se méfient des premières glaces

vendredi 4 juin 2004Information The Transat

Les uns en sont sortis, les autres rentrent dedans. Les premiers déboulent vent de travers sur Terre-Neuve vers des vents mollissants, les seconds affrontent des vents contraires qui se renforcent progressivement. Les multicoques Orma baignent dans le froid et se rapprochent des icebergs, les monocoques Imoca et les 50 pieds sont dans le secteur chaud de la dépression. Normal, il y a ce vendredi soir près de 500 milles d’écart entre les leaders en trimaran et le groupe de tête des monocoques. Devant, la nuit sera glaciale, derrière la dépression s’annonce chaude...

Marc Thiercelin prend la mesure de son 60 pieds
Photo : Th.Martinez

La dépression au large de Terre-Neuve a fait des dégâts : après Banque Covefi jeudi qui arrachait un safran, c’est au tour de Gitana 11 et de Foncia d’avoir subi les assauts violents de la mer. Pour Fred Le Peutrec, le problème semble régler mais il a fallu que le skipper travaille sur le pont pendant près de six heures pour enrouler son foc-solent qui avait fait une poche sous la pression du vent montant à plus de 45 nœuds. Pour Alain Gautier, l’avarie est plus grave car l’écoute de grand voile s’est rompue et la grand voile se fracassant contre les haubans, quatre lattes se sont rompues. Le skipper de Foncia a dû affaler complètement sa grand-voile, pourtant déjà arisée à deux ris, et naviguer sous foc de brise seul. En attendant que la mer se calme pour réparer.

La troisième grosse avarie concerne le multicoque de 50 pieds, Crêpes Whaou ! dont la dérive s’est cassée ce vendredi matin. Le trimaran rouge de Franck-Yves Escoffier était pourtant en train de dépasser son concurrent Trilogic en ayant emprunté une route très Nord, par plus de 55° Nord ! Du jamais vu sur une transat anglaise... Sans cet appendice, le Malouin ne peut pas faire de cap et le près est pourtant au menu pendant plusieurs jours. En accord avec son sponsor, Franck-Yves Escoffier a donc décidé d’abandonner et fait route vers Saint-Malo. Après Gitana X, c’est le deuxième bateau à abandonner officiellement.

AVARIES ET AVANIES

Vexé, Jean-Pierre Dick (Virbac) peut l’être : non seulement il s’est fait rattraper par Mike Golding (Ecover) et Mike Sanderson (Pindar AlphaGraphics) mais en sus, il a constaté une petite fuite au niveau du puits de dérive. Rien de grave mais un petit souci en plus. Surtout que le mauvais temps est à venir : la dépression qui a secoué les multicoques jeudi soir, est en route sur le reste de la flotte. Certes sa trajectoire vers le Nord-Est générera des vents moins violents et une mer moins formée mais les solitaires vont tout de même affronter plus de 40 nœuds. Et le moindre petit problème sur un bateau prend des proportions énormes lorsqu’il est mené en solitaire : il y a suffisamment de travail à accomplir (barre, manœuvres, navigation, météo, sommeil, alimentation...) pour que quelques litres d’eau dans les fonds transforment un intérieur déjà saturé d’humidité en un mini-jacuzzi à chaque vague...

AVEC OU SANS GLACE ?

Pour les multicoques Orma, un problème se pose : dans l’Est de Terre-Neuve, c’est à dire sur la route des solitaires, un gros paquet d’icebergs se décale lentement vers le Sud charriés par le courant froid du Labrador. Certes, ils ne descendent pas trop Sud comme lors du naufrage du Titanic le 14 avril 1912 quand le paquebot percutait un iceberg de 150 mètres sur 70 mètres et haut de 40 mètres à 22 nœuds : la collision avait eu lieu par 42° Nord, soit à la latitude de Rome ! Là, le point dangereux à l’Ouest et au Nord se situe par 47° Nord et 47° Ouest. Un point que les skippers Orma ont décidé par un " gentleman’s agreement " de laisser sur tribord pour passer dans son Sud... et ne pas risquer une collision, non pas avec un iceberg car ils sont repérables au radar, mais avec un growler, ces morceaux de glace de plusieurs tonnes qui se détachent du " gros glaçon " au fur et à mesure de sa fonte. Une première dans la course au large puisque tous les skippers de multicoques se sont mis d’accord par radio ou par mail en pleine course !

HIERARCHIE A GEOMETRIE VARIABLE

En milieu d’après-midi ce vendredi, Michel Desjoyeaux (Géant) avait fait le " break " car il cumulait plus de 50 milles d’avance sur Lalou Roucayrol (Banque Populaire), Franck Cammas (Groupama) et Thomas Coville (Sodebo) : ce dernier était nettement plus Sud avec une position intéressante tactiquement lorsque le vent va mollir dans la dorsale prévue en soirée avant l’arrivée d’une troisième dépression samedi. Le reste de la flotte est nettement plus décroché avec 150 à 250 milles de retard, à l’image de Karine Fauconnier (Sergio Tacchini) qui est la seule à s’être décalée en latitude depuis deux jours et navigue donc 150 milles plus au Sud dans un système météo légèrement différent. Sera-t-il payant avant les bancs de Terre-Neuve ? Pas évident pour l’instant... Enfin, Yves Parlier (Mediatis Région Aquitaine) ferme la marche en subissant encore les effets de la dépression à plus de 350 milles du leader, soit au minimum une journée de retard !

Pour les monocoques Imoca, la stratégie est déjà très différente entre les partisans d’une route proche de l’orthodromie (la plus courte) et les défenseurs de la " voie du Nord ", actuellement leaders au classement par rapport au but. Pendant que Jean-Pierre Dick (Virbac) règle ses problèmes de fuite d’eau, Mike Golding (Ecover) s’est emparé de la tête de la flotte, juste devant Virbac. Mike Sanderson (Pindar AlphaGraphics), Dominique Wavre (Temenos), Vincent Riou (PRB) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat-Armor Lux) pointent également leurs étraves vers l’Ouest-Nord Ouest, tandis que Marc Thiercelin (Pro-Form), Nick Moloney (Skandia) et Hervé Laurent (UUDS) préfèrent piquer vers le Sud-Ouest. Deux groupes se forment donc après quatre jours de mer, les " Nordistes " voulant appliquer la stratégie des multicoques en allant chercher la bascule du vent en haut dans le gros temps et la mer formée, les " Sudistes " privilégiant des conditions moins musclées avec moins de vent et une mer moins casse-bateau en anticipant sur l’arrivée des autres dépressions qui viennent de Terre-Neuve.


- Lalou Roucayrol (Banque Populaire), 2e multi 60 : " c’est du grand n’importe quoi ! On a des pointes à 38 nœuds avec une moyenne autour de 34 nœuds. C’est pas la rigolade ! J’ai fait un planté un peu sauvage hier. A la verticale. Les trois safrans hors de l’eau. La flotte par dessus le bras avant. Le pied de mât dans l’eau. Moi, j’étais coincé contre la cahute à cause de la décélération. Impossible de choquer. Et là, par miracle, le bateau s’est remis et est reparti comme si de rien n’était. Du coup, j’ai réduit un peu ! Et cette nuit, pareil... J’avais trois ris et ORC. J’ai pris une bouffe à 44 nœuds. Le bateau s’est soulevé complètement. Il ne restait plus que le béquet de foil et 10 cm de l’arrière du flotteur sous le vent dans l’eau ! Ca s’est mis à accélérer de folie... J’ai tout choqué en "vrac" et le bateau a réussi à abattre. Et puis, j’ai affalé direct... j’ai pas demandé mon reste. La vie du petit marin est trépidante ! "

- Alain Gautier (Foncia), 7e multi 60 : " J’étais sous grand-voile à 2 ris seule dans 40 à 45 nœuds de vent. L’écoute de grand-voile a cassé et la bôme est partie à fond sous le vent. Quatre lattes se sont cassées sur les haubans. J’ai affalé la grand-voile qui apparemment n’est pas abîmée. Il faut que je répare au plus vite mais vu la mer qu’il y a, je préfère attendre car travailler sur le trampoline pour changer de lattes, c’est trop dangereux actuellement. "

- Franck-Yves Escoffier (Crêpes Whaou !), abandon en 50 pieds multi : " En montant sur le pont j’ai vu la dérive à 90° de la coque centrale. Je ne sais pas comment elle a cassé. C’est vraiment dommage. La course était très intéressante et mon option nord, je la sentais bien. C’était ma sixième transat à bord de Crêpes Whaou ! et c’est la première fois que je ne serai pas à l’arrivée. "

- Jean-Pierre Dick (Virbac) : " J’ai une petite fuite d’eau au niveau du puits de dérive. C’est assez gênant. Il y a beaucoup de vent depuis le début de la journée avec une mer qui tape c’est assez désagréable. On a eu 40 nœuds toute la matinée, avec des pointes à 45. C’est dur... Jusqu’à ce matin j’étais bien reposé, mais là j’ai une petite fatigue après avoir bricolé à bord. "

- Eric Bruneel (Trilogic), 1er multi 50 : " Cette nuit, je n’ai pas voulu prendre de risque. J’ai affalé la grand-voile et roulé à moitié la trinquette. Je ne voulais pas rentrer dans les vagues trop fort. C’est aussi pour ça que je passe par le sud de la dépression. Pour l’instant, il a des trous sur la route. Je peux difficilement aller plus vite. C’est chaotique ! "

LLB / DBO


CLASSEMENT GENERAL MULTICOQUES A 15H00

- 1 GEANT à 1338,7 milles de l’arrivée
- 2 BANQUE POPULAIRE à 1392,2 milles de l’arrivée
- 3 SODEBO à 1417,7 milles de l’arrivée
- 4 GROUPAMA à 1424,8 milles de l’arrivée
- 5 BANQUE COVEFI à 1499,8 milles de l’arrivée
- 6 SOPRA GROUP à 1501,3 milles de l’arrivée
- 7 TIM-PROGETTO ITALIA à 1530,1 milles de l’arrivée
- 8 FONCIA à 1532,7 milles de l’arrivée
- 9 GITANA XI à 1606,6 milles de l’arrivée
- 10 SERGIO TACCHINI à 1611,2 milles de l’arrivée
- 11 MEDIATIS REGION AQUITAINE à 1695,1 milles de l’arrivée
- ABD GITANA X

Classement 17H Monocoques
- 1 ECOVER 1732,0 0,0 10,2
- 2 VIRBAC 1733,0 0,9 9,4
- 3 PINDAR ALPHAGRAPHICS 1738,4 6,3 8,8
- 4 TEMENOS 1760,8 28,8 9,7
- 5 CHEMINEES POUJOULAT-ARMOR LUX 1769,7 37,6 9,4
- 6 PRB 1769,9 37,9 10,6
- 7 VMI 1789,8 57,8 9,5
- 8 HELLOMOTO 1820,3 88,3 8,7
- 9 PRO-FORM 1866,9 134,9 6,4
- 10 SKANDIA 1902,2 170,2 5,1
- 11 UUDS 1960,2 228,1 6
- 12 QUIKSILVER EDITION 1992 260 7,4
- 13 AUSTRIA ONE 2023,9 291,9 5,4
- 14 ATLANTICA-CHARENTES MARITIMES
- 15 OBJECTIF 3 2276 543,9 8,6


• Des nouvelles d’Yves Parlier : la nuit porte conseil

Yves Parlier a gagné des milles pendant la nuit dernière, éprouvante pour l’ensemble de la flotte. Le vent est passé de 20 à 35 nœuds, avec des pointes à 45 nœuds. Médiatis Région Aquitaine se rapproche de Karine Fauconnier. Il est à 67 milles derrière elle. Yves Parlier reste encore loin du premier, Michel Desjoyaux, puisque plus de 300 milles les séparent.

A 9 heures (TU), Yves Parlier raconte sa nuit au cœur de la dépression. Il a affalé ses deux grand’voiles et marche sous mâts seuls : « Cette nuit, j’ai pris des ris un peu en avance comparé au potentiel du bateau, mais j’ai bien fait. Le bateau va tellement vite que dans les vagues, c’est un peu casse bateau et casse matériel. Au près, le bateau reste difficile à équilibrer ».

Médiatis Région Aquitaine est sorti indemne de cette épreuve malgré de l’eau à bord : « les cockpits sont noyés et j’ai toujours de l’eau dans le bateau. »

Cette première nuit de gros temps apporte pourtant des enseignements : « c’est plus difficile que le monocoque et ça passe moins bien les vagues. A chaque fois que je fais les manœuvres ou des combinaisons de voiles, c’est une nouveauté. Je ne sais pas si je vais tout mémoriser car parfois, je suis un peu dépassé. »

La conclusion de la nuit ? « Médiatis Région Aquitaine reste très marin lorsque les voiles sont affalées, sous mâts seuls. A 9h30 (TU), son routeur Yannick Bestaven, lui conseille d’augmenter la vitesse pour aller chercher une dorsale « je suis curieux de voir comment le bateau se comporte sous ORC au près » poursuit l’insatiable expérimentateur. A priori, l’allure au près est pénalisante pour le bateau. Une certitude, il est difficile de faire du cap sous mâts seuls.

Yves Parlier se prépare déjà pour la seconde dépression qui devrait être moins forte la nuit prochaine. Il va se reposer, dans des conditions dignes de l’hydraplaneur « Je n’ai pas encore l’équipement adéquat, alors je dors en ciré ». Yves va continuer une route sud, et augmenter sa vitesse à 12 nœuds, avant d’envisager le moyen de contourner cette seconde dépression.

Info Sandrine Vallée



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