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Skipper

MACARTHUR Ellen

Qu’est-ce qui fait courir Ellen ?

mardi 25 décembre 2001Christophe Guigueno

A presque 24 ans, Ellen MacArthur vient d’inscrire son nom au palmarès prestigieux de la Transat Anglaise. En remportant la course mythique dans la catégorie des monocoques, elle succède à de grands noms de l’histoire de la course au large comme Éric Tabarly et Yves Parlier, ou ses compatriotes Francis Chichester et Geoffrey Williams. Pourtant la Transat Anglaise n’est qu’une étape dans la déjà longue carrière de la jeune Anglaise dont le but, depuis quatre ans, est de participer au Vendée Globe.

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La première apparition d’Ellen MacArthur en France date de 1997. Avec Le Poisson, un monocoque de 6.50 m déjà équipé d’une quille inclinable, elle vient participer au circuit des Minis : Mini-Fastnet puis Transgascogne et Mini-Transat. Ellen n’est pas seule pour préparer son défi. Elle est associée à un autre Britannique qui l’épaule dans sa recherche de sponsors et sa préparation spécifique pour la transat en solitaire. Mark Turner vient de crée la structure Offshore Challenges basée sur l’île de Wight qui a pour objectif principal de développer la course au large outre-Manche.

Ellen MacArthur termine 17e de la Mini, remportée par Sébastien Magnen. Mark finit quant à lui 5e de cette course qui révèle aussi Thomas Coville, deuxième et qu’Ellen va souvent retrouver sur sa route. Mais cette Mini-Transat n’était qu’une étape. Mark et Ellen se sont fixés des objectifs bien plus ambitieux. Ils pensent d’ores et déjà au tour du monde organisé tous les quatre ans par Philippe Jeantot. Ellen a du talent, elle apprend vite. Il reste à lui trouver un partenaire financier digne de ses ambitions. La machine Offshore Challenges se met en route.

Première Route du Rhum

Un an après sa première transatlantique en solitaire, Ellen MacArthur est à nouveau au départ d’une course en solitaire en France. Après quelques déboires quant à la recherche d’un bateau disponible, Mark et Ellen parviennent à mettre la main sur une occasion de choix. Pete Goss leur loue son 50 pieds jaune avec lequel il est devenu célèbre en sauvant Raphaël Dinelli lors du dernier Vendée Globe. Et Kingfisher, un grand groupe de supermarchés non alimentaire, vient apporter son soutien financier. Le monocoque est armé juste à temps pour que la jeune skipper termine son parcours de qualification et entre dans le bassin de Saint Malo pour participer à la Route du Rhum.

Mais Ellen ne possède pas le profil de Pete Goss, ancien Marines anglais. Le voilier est très dur à mener, d’autant qu’il n’est pas équipé d’enrouleurs de voiles d’avant. Ellen en bave. Mais comme à son habitude, elle ne se plaint pas. Au plus fort de la tempête, elle poursuit sa route, change ses voiles d’avant fixées par des mousquetons et prend la tête de la classe 2. Puis c’est la quille mobile qui menace de tout casser. Une fuite dans un des vérins hydrauliques et le voile de quille reprend ses libertés. Avec beaucoup de sang froid, Ellen prend des photos numériques, les expédie à son équipe à terre et répare en suivant les instructions des techniciens.

Un nouveau Kingfisher

Vainqueur en Guadeloupe de la classe deux des monocoques, Ellen MacArthur impressionne tout le monde. Ses principales qualités font d’elle le symbole du retour en force des sujets de sa Majesté la Reine d’Angleterre dans le monde de la course au large. Mais elle n’est pas encore un favorite pour le Vendée Globe. Pourtant elle possède déjà tous les atouts en main. Elle est très résistante, parfaitement adaptée à la course en solitaire. Au plus fort de l’adversité, elle ne craque pas. En cas de souci technique, elle est à même de réparer seule et de continuer sa route. Quant à son équipe à terre, elle peut reporter toute sa confiance sur Mark Turner qui gère le matériel et la communication. La société Kingfisher ne s’y méprend pas et signe rapidement pour le grand défi, faire construire un bateau pour le prochain Vendée Globe.

Dans ce but, Mark et Ellen savent que les références sont les Français. Meilleurs marins, meilleurs architectes, meilleurs constructeurs... Alors ils décident donc de faire construire leur bateau en… Nouvelle Zélande, sur les plans de Merfyn Owen. Pour les épauler, ils font appel à Alain Gautier, vainqueur du tour du monde 1993-94.

Demi tour du monde

Le résultat est impressionnant. Le bateau est beau, bien construit, simple et surtout à la mesure d’Ellen. Surtout, il est très polyvalent, à l’opposé des plans Finot entièrement dévolus aux longs surfs sur les mers du grand Sud. Le 18 février 2000 , au moment où tous les plus grands barreurs du monde se démènent pour remporter l’America’s Cup, Kingfisher est mis à l’eau à Auckland. Mais du port de la Nouvelle Zélande à la Grande Bretagne, un demi tour du monde sépare le bateau de son port d’attache...

Une bonne occasion pour tester le bateau et le marin. Un mois après le lancement, Ellen MacArthur largue les amarres avec trois équipiers, destination le Cap Horn. Une fois passé le cap mythique, les trois hommes débarquent pour laisser la navigatrice, seule face à son bateau, face à l’Atlantique. Cinq semaines plus tard, Ellen vient virer l’île de Groix pour récupérer son équipage et rejoindre le port de Southampton. Après un demi-tour du monde, dont la moitié en solitaire, la jeune Anglaise et son voilier sont en parfaite adéquation. Kingfisher est en parfait état. Il reste au tandem à se qualifier pour le Vendée Globe.

Première grande victoire

Par mesure de sécurité, un skipper qui veut participer au tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance doit avoir navigué 2000 milles en solitaire avec son voilier et terminé une transat en solitaire en course sur un bateau de taille équivalente. Comme Michel Desjoyeaux, Dominique Wavre ou Roland Jourdain, Ellen doit terminer la Transat Anglaise pour se qualifier pour le Vendée. Mais quand ses concurrents lèvent le pied pour assurer, quand d’autres démâtent, ou ratent leur stratégie météo, Ellen poursuit sa route. Après trois jours de course, elle prend la tête et accentue irrésistiblement son avance. Les uns après les autres, les favoris lâchent du terrain. Les anciens tourdumondistes, pourtant invités par Jeantot et donc sans pression quant au résultat, sont laissés derrière.

En remportant la Transat Anglaise, non seulement Ellen MacArthur inscrit son nom au palmarès d’une grande course, mais surtout elle s’impose comme la grande favorite de la course autour du Globe. Rendez-vous le cinq novembre 2000, aux Sables d’Olonnes.

Ellen MacArthur
née le 8 juillet 1976 en Grande Bretagne
2000 1re Classe 1 monocoque Europe 1 New Man Star
remontée de l’Atlantique en solitaire
1999 Course de l’Europe avec Yves Parlier, 1er monocoque
1998 1re Classe 2 monocoque de la Route du Rhum
1997 17e de la Mini-Transat
1996 Québec-Saint Malo, 3e classe 2 monocoques
1995 tour de l’Angleterre en solitaire

Depuis la rédaction de cet article, la jeune Ellen en a encore surpris plus d’un. Vous connaissez la suite. Deuxième du Vendée Globe en revenant sans arrêt sur le tableau arrière de Michel Desjoyeaux. Il s’en est fallu de peu pour qu’elle s’impose. Pourtant certains ont encore douté. Sans sourciller, Ellen est passée de une à trois coques pour embarquer aux côtés d’Alain Gautier. Les résultats ne se sont pas faits attendre. Ils remportent en équipage le Challenge Mondial Assistance puis, en double, manquent de peu la victoire dans la Transat Jacques Vabre. Le 3 janvier prochain, Kingfisher annoncera le futur de son partenariat et Ellen ses projets à venir. Une nouvelle Route du Rhum sur son fidèle monocoque ? Ou un trimaran de course au large ?

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image 300 x 158Photo : Ch.Guigueno

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