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Skipper

JOYON Francis

La victoire revanche du dernier loup de mer

lundi 24 décembre 2001Christophe Guigueno

Des marins comme Francis Joyon, il n’y en a plus beaucoup. La nouvelle donne de la course au large spectacle favorise l’éclosion de jeunes talents médiatiques, tous aussi à l’aise face à un micro que sur un voilier de course au large ou autour de trois bouées. En remportant la Transat anglaise, au nez et à la barbe des machines les plus affûtées du circuit, Francis Joyon entre dans la légende de la course au large, à la force de son talent et de sa ténacité.

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Francis Joyon était entré dans la course au large par la petite porte. Pour participer à sa première Route du Rhum, il bricole un catamaran fait de briques de brocs. En faisant le tour des chantiers navals bretons, il récupère les deux coques en carbone d’Elf Aquitaine 2. Le chantier Multiplast les avait mises au rebut pour en construire de nouvelles, plus longues, plus volumineuses, plus rapides. Mais Gilles Ollier garde les fameux bras en X. Francis récupère alors le bras de liaison central du Roger et Gallet d’Éric Loiseau. Et le voilà à la barre d’un catamaran de course au large fait maison. Avec la Banque Populaire de l’Ouest, il peut s’engager sur le circuit professionnel. Une histoire qui va durer près de dix ans, avant que Francis ne ressorte par où il était entré.

Culbute sur l’atlantique

Au mois de juillet 1994, les Banques Populaires offrent à Francis un superbe trimaran neuf. Le bateau est beau, bleu, fiable, mais un peu lourd et souple. Dessiné par Nigel Irens, le sorcier de Bristol, Banque Populaire est conçu pour le près dans la brise, les conditions météo qu’affectionne tout particulièrement son skipper. Et quand on aime le près et la brise, on aime la Transat Anglaise !

En 1996, Francis Joyon se retrouve ainsi en tête de la plus mythique des transats. Il a distancé Bourgnon et Peyron. La victoire lui semble promise quand, à l’approche des bans de Terre Neuve, les trois étraves du trimaran plantent dans la mer formée. A pleine vitesse sous gennaker, Francis ne peut éviter la culbute et perd tout en quelques secondes. il est imité quelques heures plus tard par Laurent Bourgnon et c’est finalement Loïck Peyron qui s’impose et réalise le doublé.

Casse bateau à Royan

Mais entre le sponsor et le marin, le courant ne passe plus depuis quelques temps. Le caractère de Joyon ne s’adapte pas à l’indispensable médiatisation du sport de haut niveau qu’est devenue la course au large. Il s’adapte encore moins à la régate au couteau que doivent se livrer les trimarans lors des trois grand-prix annuels. Lors de l’épreuve de Royan en 1998, Francis Joyon à la barre de sa machine de course refuse une priorité au Groupama de Franck Cammas. Il ne peut l’éviter, et explose le flotteur sous le vent de son concurrent...

Alors quand les Banques Populaires songent à faire construire un nouveau bateau, le contrat est clair : ce sera sans Francis. Pendant une année, le solitaire se retrouve à la porte du circuit. Sans sponsor, sans bateau, il ne peut que regarder son ancien trimaran naviguer sous les ordres de ses anciens équipiers.

Le fidèle trimaran

Mais l’attente est de courte durée. Avec un successeur en construction, le marché de l’occasion offre à Francis la possibilité de racheter son ancien trimaran. Il récupère un vieux mât-aile et, la veille du départ de Plymouth, Francis est encore à vingt mètres au dessus de l’eau pour poser quelques bandes de carbone sur l’espar...

Trois jours après le départ, Joyon prend le commandement de la course avec son fidèle trimaran qui porte le nom de l’Eure et Loir, son département de naissance. Au plus fort des tempêtes successives, il creuse un écart significatif sur ses poursuivants. Triste ironie du sort, le superbe trimaran de son ancien sponsor chavire et se disloque. Le skipper, Lalou Roucayrol est sauvé, mais les 12 millions de Francs de carbone pur partent en fumée.

A l’approche de Terre Neuve, Alain Gautier puis Franck Cammas parviennent à lui voler le leadership. Mais quelques heures seulement... L’île de Nantucket en vue, Eure et Loir a recreusé un écart de près de 40 milles sur Marc Guillemot, dernier des prétendants à se relayer dans le sillage du trimaran blanc. Un peu plus d’une heure après le lever du soleil, Francis Joyon franchit la ligne d’arrivée en vainqueur, sans grande effusion de joie. Mais sûrement avec un grand pincement au coeur. Le loup de mer a eu sa revanche.

Francis Joyon
né le 28 mai 1956 à Anche (Eure et Loir)
Réside à Locmariaquer (Morbihan)
2000 1er Europe 1 New Man Star (Eure et Loir)
—1998 6e Route du Rhum (Banque Populaire)
1996 2e Québec-St Malo (Banque Populaire)
1992 3e Europe 1 Star (BPO)

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