SeaSailSurf®

Du grand large à la plage : Toute l’actualité des sports de glisse depuis 2000

Route du Rhum • point course

Un minimum dépressionnaire a causé un maximum de casse

Monnet et Bourgnon sur le toit, Fujifilm cassé : trois nouveaux tri hors course

mercredi 13 novembre 2002Information Route du Rhum

Ce n’était pas prévu : dans la nuit , un minimum dépressionnaire, avec des vents soufflant en rafales à plus de 70 nœuds et une mer énorme, est tombé sur une partie de la flotte. Yvan Bourgnon (Rexona Men) a chaviré, Loïck Peyron (Fujifilm) a vu son flotteur tribord se briser en deux sous l’impact d’une vague déferlante, occasionnant par la suite la chute de son mât et enfin, comme si cela n’était pas assez, la nouvelle en fin de mâtinée du chavirage de Philippe Monnet (Sopra Group).

Jean-François Durand a fait escale aux Sables d’Olonne mais le fond de la coque de son monocoque est largement endommagé
Photos : Bernard Gergaud

Heureusement, comme à chaque fois depuis le départ de St-Malo, le lourd tribu payé à ce mauvais temps exceptionnel n’a entraîné que de la casse matériel. Les hommes sont sains et saufs, chacun gérant au mieux son destin au milieu d’un océan toujours déchaîné. Un océan qui va connaître dès cette nuit un nouvel accès de violence. Une nouvelle zone dépressionnaire, sur la partie Sud de la flotte, est attendue pour cette nuit de mercredi à jeudi. Les skippers, cette fois, sont prévenus de son arrivée. Ils vont se placer au mieux, sur le grand échiquier de l’Atlantique, pour l’affronter. Jean-Pierre Dick (Virbac), sur son monocoque de 60 pieds, ne pourra rien faire. Il est ballotté par les flots, mât cassé, depuis 8h30 ce matin. Cette septième édition de la Route du Rhum Route du Rhum #RouteDuRhum restera d’ores et déjà gravée dans les annales…

A 14h30, Philippe Monnet (Sopra Group) est hélitreuillé depuis son bateau retourné. Ce skipper sans peur, qui pensait avoir affronté le pire lors de son Tour du Monde effectué à l’envers, a qualifié les conditions de dantesques. 80 nœuds de vent, il n’arrivait même plus à se tenir debout sur le pont. A sec de toile, il fait le dos rond, réfugié dans l’entrée de sa cabine, pour laisser passer ce véritable ouragan. Coup du sort, malchance, un morceau de toile se déroule de lui-même sur une de ses voiles d’avant, la trinquette. Le trimaran se retourne comme une crêpe, avec Philippe accroché au filet qui réussira, comme Franck Cammas (Groupama) ou Francis Joyon (Eure&Loir-Lorénove) a remonter à bord par la poutre arrière… Il est minuit. Philippe ne déclenchera sa balise que vers 8 heures du matin. Son trimaran, à une soixantaine de milles de la côte Espagnole, est sur la route des cargos….

Sous cette même furie installée sur tout le secteur de la pointe Finisterre, Yvan Bourgnon (Rexona Men) fait la culbute vers 7h10 ce matin. Yvan se précipitait à l’extérieur pour aller sur le pont affaler le petit foc de route, seule voile que portait alors son bateau. Il n’arrivera jamais à elle. Renvoyé à l’intérieur de sa coque centrale par son bateau qui se cabre vers l’avant, il se réveillera « avec la cabane sur le chien ». Peur rétrospective, quelques secondes plus tard, Yvan aurait été sur le pont… Il était à 220 milles dans l’ouest, au large de Vigo.

Même endroit, même tempête. Loïck Peyron (Fujifilm) est, lui aussi, à sec de toile. Un choc plus violent que les autres interpelle le skipper. Dans un premier temps, Loïck ne s’aperçoit de rien mais son flotteur tribord, celui qui est alors au vent, vient d’exploser son l’impact d’une déferlante. Coupé en deux entre les bras de liaison, il a perdu toute rigidité. A 10h30, Loïck signale au PC presse son avarie. Il n’a qu’une crainte : que son bateau se disloque, que son mât tombe… Deux heures plus tard, lors de la vacation, ce que Loïck craignait est survenu. Son beau trimaran n’est plus qu’un prao sans mât, avec mille éclats de carbone qui ne font qu’amplifier l’ampleur des dégâts. Loïck n’a pas déclenché sa balise. Dans la tempête, il va ramener son bateau…

Devant, la course continue avec Thomas Coville (Sodebo) toujours en tête, suivi maintenant d’Alain Gautier (Foncia) et Marc Guillemot (Biscuits La Trinitaine-Ethypharm), peu handicapé par ses problèmes de voile sous ce flux de Nord-Ouest puissant, 30 à 35 nœuds.

Positionné plus à l’Ouest et plus au Nord, les monocoques ont subi eux aussi un passage de front musclé, mais avec des grains « moins violents », atteignant seulement les 50 à 55 nœuds. Après les allures de près serré qu’ils ont rencontré depuis le départ, les skippers ont enfin pu mettre aujourd’hui un peu de mou dans les écoutes et suivre pour la première fois la route idéale. Ce début de glissade vers la Guadeloupe va être à nouveau interrompu par l’arrivée de la dépression. Elle va crée une nouvelle zone difficile à négocier suivant le placement sur l’eau des concurrents.


Roger Langevin (Brannec III), 6éme Classe 2 monocoques. Message écrit de Roger, en pleine baston. « J’espère que vous appréciez la couette, parce qu’ici que nenni et ce sont plutôt les montagnes russes qui sont au goût du jour...Branec 3 escalade des montagnes d’eau (houle d’ Ouest 6 à 8 mètres, mer croisée et grosse) au 310 a 7/8/9 nœuds sous un vent d’WSW force7/8 en espérant trouver rapidement le noroît. Les 2 compères se portent bien autant que faire ce peut.  

Joé Seeten (Arcelor-Dunkerque), 4e monocoques IMOCA Imoca #IMOCA . Joé était incontestablement en pleine forme lors de la vacation. Il se réjouissait tout simplement d’un rayon de soleil, l’un des premiers depuis le départ. Pourtant, le vent soufflait encore à 40 nœuds à ce moment là. Mais, Joé, comme tout le monde, avait connu dans la nuit bien pire. Il s’est même retrouvé bateau couché sur l’eau, surpris par la violence d’un grain. Pas de quoi l’effrayer d’autant plus que Joé, le plus au Nord de la bande avec Mirranda Merron (Uuds), voit l’avenir avec sérénité. En pouvant choquer un peu plus les écoutes que ses petits camarades plus au Sud avec le flux de Noroît qui devrait s’installer demain sur sa zone, il pense pouvoir grappiller des milles à ses adversaires.

Fred Le Peutrec (BayerCropSciences), 10e multicoques ORMA. Après avoir réparé ses pilotes, notamment grâce au prêt d’un vérin hydraulique par l’équipe de Gitana X (Lionel Lemonchois), Fred est reparti ce matin, vers 10 heures, de Belle-Île. Il naviguait sous grand voile seule à trois ris, par 35 nœuds de vent, cap à l’Ouest pour éviter au mieux le gros mauvais temps qui arrive par le Sud. Son ambition était la même qu’au départ de St-Malo : arriver au mieux à Pointe-À-Pitre. Fred se réjouissait de la bataille à venir, notamment avec Jean Le Cam (Bonduelle) qui est reparti de Port-La-Forêt quelques heures avant lui. Mais, en début d’après-midi, Fred décidait à nouveau de faire demi-tour, cap sur la Trinité sur Mer, son port d’attache. La dernière lecture des prévisions météos ne laissait voir aucune ouverture possible. Cette décision rejoint celle prise dans la mâtinée par Jean-Luc Nélias (Belgacom). Jean-Luc ne voyait pas comment appareiller avant la nuit de jeudi à vendredi soir sans aller « au casse pipe ». Quelques heures plus tard, Jean Le Cam (Bonduelle) prenait la même décision que Fred Le Peutrec et rebroussait chemin sur Camaret où il est arrivé avant la tombée de la nuit..  

 Nicolas Raynaud


- Loïck Peyron (Fujifilm) : "Bon, ce que je pensais est arrivé. Mon flotteur tribord est actuellement posé sur le pont et le deuxième est dans un sale état ! J’ai eu beaucoup de bastaques prisent dans mon safran bâbord, ce qui, lors du démâtage a arraché la partie arrière du flotteur. Il faut que je trouve une solution pour mon pilote automatique pour me mettre en vent arrière et soulager le flotteur. Je suis couvert d’huile car j’ai un vérin qui a explosé à côté de moi. Le pont est super glissant et couvert de carbone. Il y a quand même plus malheureux que moi... Je vais essayer de dormir un peu. »

- Bob Escoffier (Adeco) : " J’ai eu un souci avec mon capot moteur dans le cockpit. Il s’est ouvert dans la nuit, je me suis retrouvé avec 1 tonne d’eau dans les fonds. Je pensais que je coulais mais en fait ce n’était pas le cas. Du coup j’écopais tous dans le cockpit et ça re-rentrait. J’ai quand même mis du temps à m’en rendre compte. J’ai enfin tout séché à bord. Le deuxième soucis c’est ma drisse de grand-voile qui a encore cassé. Sinon je ne barre quasiment pas, le bateau est beaucoup trop exposé pour rester à l’extérieur. »

- Patrick de Radiguès (Garnier Belgium) : « Ca rigole pas dans le coin ! j’ai eu 68 nœuds de vent avec des creux énormes. Le côté positif, c’est que ma route est exactement celle que je voulais, du 210. J’ai très peur pour le bateau et je ne suis pas étonné que les autres cassent. »


Positions 13/11/02 15:00:00 GMT

Monohull 60’ORMA
- 1-Thomas Coville-Sodebo-2851 miles to finish
- 2-Alain Gautier-Foncia-2935
- 3-Marc Guillemot-Biscuits La Trinitaine - Ethypharm-2941
- 4-Michel Desjoyeaux-Géant-2967
- 5-Lalou Roucayrol-Banque Populaire-2973
- 6-Karine Fauconnier-Sergio Tacchini-2973
- 7-Steve Ravussin-TechnoMarine-2994
- 8-Jean Le Cam-Bonduelle-3425
- 9-Jean-Luc Nélias-Belgacom-3443
- 10-Frederic Le Peutrec-Bayer CropSciences-3450

Monohull 60’ IMOCA
- 1-Mike Golding-Ecover-2810 miles to finish
- 2-Ellen McArthur-Kingfisher-2814
- 3-Roland Jourdain-Sill-2865
- 4-Joé Seten-Arcelor-Dunkerque-2948
- 5-Didier Munduteguy-60e Sud-2964
- 6-Miranda Merron-Un Univers de Services-2998
- 7-Antoine Koch-L’Heautontimoroumenos-3004
- 8-Patrick Favre-Millimages-Gédéon-3012
- 9-Patrick De Radiguès-Garnier Belgium-3063
- 10-Frédéric Lescot-Dinan Pays d’Entreprises-3091
- 11-Mike Birch-Tir Groupé-Montres Yéma-3102
- 12-Georges Leblanc-Ciments St Laurent-Ocean-3186
- Non Localisé : Elie Canivenc-Leasecom-

Monohull class 1
- 1-Bruno Reibel-Ville de Dinard-3197 miles to finish

Monohull Class 2
- 1-Nick Moloney-Ashfield Healthcare-3023 miles to finish
- 2-Luc Coquelin-Florys-3060
- 3-Hervé Vachée-Mille Visages-3082
- 4-Roger Langevin-Branec III-3108
- 5-Bob Escoffier-Adecco Etoile Horizon-3139
- 6-Clément Surtel-Laiterie St Malo-3173
- 7-Yannick Bestaven-République Dominicaine-3465
- 8-J. F. Durand-Défi Vendéen-3512

Monohull Class 3
- 1-Regis Guillemot-Storagetek-3036 miles to finish
- 2-Etienne Svilarich-Grain de Soleil-3157
- 3-Jérôme Thiriez-Passion Entreprendre-3159
- 4-Conrad Humphreys-Hellomoto-3274
- 5-Alain Grinda-Fantasy-Forest-3456

Multihull class 2
- 1-F. Y. Escofier-Crepes Whaou !-2865 miles to finish
- 2-Anne Cazeneuve-Yachting-casino.com-2967
- 3-Hervé Cleris-Vaincre la mucoviscidose-3023
- 4-Claude Thelier-Archipel Guadeloupe-3105
- 5-P.Y. Guennec-Lehning-Lapeyre-Blanchet-Gourbeyre-3223
- 6-Patrick Morvan-Groupe France Epargne-3454


Abandons : 16
- Groupama (Franck Cammas) ; Banque Covefi (Bertrand De Broc) ; Eure&Loir-Lorenove (Francis Joyon) ; TIM (Giovanni Soldini) ; Gitana X (Lionel Lemonchois) ; Rexona Men (Yvan Bourgnon) ; Fujifilm (Loïck Peyron) ; Sopra Group (Philippe Monnet) ; Virbac (Jean-Pierre Dick) ; E-Sat/Tri Séléctif (Pascal Quintin) ; Chaleur Fioul Elan (Didier Le Villain) ; Un autre regard (Nicolas Peitrequin) ; Apics A3S (Christophe Huchet) ; La Rage de Vivre (Loïc Pochet) ; République Dominicaine (yannick Bestaven)

Escales : 6
- Morvan Patrick(Groupe France Epargne), deuxième escale technique à Roscoff.
- Grinda Alain (Fantasy Forest), en escale technique à Roscoff. Barre de flèche abîmée et problème de moteur. Devrait repartir mercredi après-midi.
- Durand Jean François (Défi Vendéen), en route vers les Sables d’Olonne pour réparer une voie d’eau. Souhaite repartir.
- Nelias Jean Luc (Belgacom ), à Port la Forêt, départ dans la nuit de jeudi à vendredi.
- Le Peutrec Frédéric( Bayer CropScience), parti de Belle Ile vers 10 heures, retour sur la Trinité sur Mer. Souhaite repartir
- Le Cam Jean (Bonduelle), parti de Camaret à 9h30, demi-tour en milieu de journée.



A la une