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Solitaire du Figaro

Les amateurs qui ferment la marche...

vendredi 9 août 2002Information Solitaire du Figaro

Ils ont aimé et ils en redemandent. Dans le sillage des gros bras du Figaro, des amateurs « purs beurre » ont fait entre Boulogne-sur-Mer et Crosshaven leur baptême de Solitaire. Lors de cette première étape qui restera gravée dans les mémoires des meilleurs skippers, c’est donc par la face nord qu’ils ont entamé leur « Everest maritime ». Mais tout va bien à bord et la suite s’annonce de la plus belle manière. Retour sur les bons mots « modestes » de Dominique Tincelin (Dragonfly), « non-pro »… et pas mécontents de l’être.

Doyen de la flotte, Dominique s’est enfin jeté dans le grand bain et ce n’est pas pour lui déplaire. Ce cadre financier, trésorier bénévole à la FFV, s’est donc efforcé de préparer dans les règles de l’art ce grand saut dans le fief des purs et durs de la navigation en solitaire. Ce marathonien émérite, coureur de fond entraîné, n’a voulu surtout ne rien laisser au hasard afin de bien figurer sur cette épreuve, savant dosage de course au large et de régate.

Tout a commencé un beau jour de janvier quand il a décidé d’attraper la barre de son Figaro Bénéteau pour participer à son dernier tour de piste de 1691 milles. « Pour le faire une fois dans la vie ». Dominique venait alors de donner le coup de canon pour un grand bord de louvoyage entre son travail à Genève, sa vie de famille avec sa femme et ses trois enfants à Paris ou au Havre… et le pont de son monotype. Au menu : préparation physique, technique et maritime quand son agenda d’homme d’affaires lui laissait un peu de temps libre. Mais le jeu en valait la peine : c’est au vent qu’il se place à l’issue de cette première étape en 31e position. Ce régatier en 470 et 505 dans les années 60-70, en Surprise dans les années 80 - qui met aussi les voiles en croisière à la moindre occasion - a déjà laissé quelques adversaires dans son sillage.

Premières impressions

« On a eu une très belle étape. Un grand bonheur. Le côtier le long des reliefs anglais, c’était génial. Je connaissais déjà l’île de Wight et je n’ai pas eu trop de regrets de la doubler plus au large. Mais, j’ai eu beaucoup de plaisir à passer le cap Lizard au lever du jour. Je suis un coureur de fond et j’ai pu m’accrocher et rattraper quelques concurrents. Le premier bizuth n’est pas si loin devant nous et ceux qui me précèdent ont, déjà pour quelques-uns, une voire plusieurs Solitaire au compteur. »

Le plus dur « Faire sa route parfois et choisir ses options. J’ai eu des grands états d’âme au moment d’entrer dans la Mer Celtique. Je me suis longtemps demandé s’il fallait plutôt tirer à droite ou à gauche. J’ai finalement opté pour un peu d’ouest avant de me recaler sur la route directe.

S’il fallait retenir un enseignement de cette première étape, c’est que j’ai trop perdu le contact avec les copains. J’ai sans doute pris trop d’options, deux au large notamment. C’est dû à mon inexpérience de bizuth. Faire cavalier seul, ce n’est certainement pas le bon moyen de faire marcher le bateau à 100%. Sur les autres étapes, il faut vraiment que je reste plus à vue des autres. Mais à posteriori, ce parcours n’a pas été trop difficile pour moi. Je crains plus la baston. On a eu 30 nœuds de vent sur la fin et si on avait dû continuer, il aurait fallu que je gère dans le calme. »

Le sommeil

« La gestion du sommeil, en revanche, ne m’a pas posé de gros problèmes. Je me suis ménagé pour garder des réserves et je pense que j’aurais pu tenir un ou deux jours de plus. C’est essentiel, on peut en effet se retrouver confronté à des conditions plus dures en fin de parcours et dans ce cas là, il faut pouvoir tenir le coup. J’ai dormi par tranche de 25 minutes quand je commençais à piquer du nez et que le bateau marchait bien. La dernière nuit, par exemple, j’ai vu que le pilote se débrouillait mieux que moi et je lui ai volontiers confié la barre 5-6 fois une demi-heure. Non, franchement, je suis arrivé plutôt en forme et cela me rassure de réaliser que j’ai pu tenir le rythme et surtout que j’avais les ressources nécessaires pour naviguer plus longtemps encore. »

Et les autres…

« Il y a deux flottes à l’issue de cette première étape. Mais en toute modestie, cela ne m’étonne pas. Les autres, c’est leur boulot et ils naviguent avec un grand talent. Pour la petite histoire, il y a 5-6 ans, j’étais à Kinsale et La Solitaire du Figaro passait par là. Mon Surprise était au port. J’ai vu les arrivées et je m’étais dit que jamais je ne participerais à cette course de fous ! Cela m’a fait rire de penser à cette réflexion lors de la première étape. »

En Bref...

Kito « primé » par Argos

C’est Kito de Pavant (Malice) qui décroche le prix Argos de la meilleure progression dans le classement entre Boulogne-sur-Mer et Crosshaven. Parti franchement en retard, et pointé 24e à la bouée Radio France, le skipper héraultais n’a pas manqué de finesse tactique et de tenacité pour faire une tonitruante remontée dans le classement. Rappelons en effet que le solitaire termine cette première étape en deuxième position, à 4 minutes 38 secondes du tableau arrière d’Antoine Koch (Saunier Duval), grand vainqueur du premier round. Autant dire qu’il figure en pôle position pour la suite de cette 33e édition aux 1691 milles. Le record Sixt d’Eric

Les relevés des positions ont donné leur verdict et accordent le record de la plus grande distance parcourue en 24 heures sur la première étape à Eric Drouglazet (David Olivier). Du 04 août à 13 heures au 05 août à 13 heures, celui qui a longtemps occupé le poste de chef de file a cavalé sur 82,5 milles… à 3,44 nœuds de moyenne !

Echos de pontons

Crosshaven : so irish…

A l’issue d’une étape éprouvante à plusieurs titres, les 38 solitaires ont reposé les armes égales. Après de bonnes heures de sommeil « pas volées », « beer time » pour tout le monde, le temps de refaire les 437 milles entre les côtes anglaises et la Mer Celtique riches en rebondissements

A Crosshaven, petit port niché dans la baie de Cork, toutes les conditions sont réunies pour se laisser enfin aller au flegme irlandais. Ce n’est pas du luxe après une folle régate, qui n’a vraiment pas ménagé les « bonhommes » et la seule femme de la flotte. La pluie drue, qui n’a pas manqué de saluer les arrivées, a laissé, la place au beau temps. Aujourd’hui, le soleil a volontiers pointé le bout de ses rayons et l’Irlande s’est dévoilée dans toute sa splendeur, entre calme et volupté. Sur le port, jouxtant le village de la course, le Royal Cork Yacht Club n’a pas désempli.

Les préparateurs occupés à la petite révision des presque 500 milles, les skippers potassent déjà les cartes et les modèles météo. Ils cogitent un premier routage pour la deuxième étape, qui s’annonce comme une belle course de vitesse. Mais si les concurrents gardent malgré tout l’esprit tendu dans la course, d’autres profitent de cette escale irlandaise pour découvrir les lieux et le charme de la baie de Cork. Ainsi, dès potron-minet, Jean-Christophe Marmara, photographe au Figaro, a-t-il sorti ses plus beaux objectifs pour saisir les oiseaux nombreux et variés : huîtriers pie, coulis, bécassines, hérons cendrés et autres…

Après l’effort, le réconfort

Sur le village improvisé devant les pontons de Crosshaven, la tente Bayer fait salle comble. C’est là que les quatre kinésithérapeutes de l’équipe du docteur Chauve, toujours fidèle sur la course, font des merveilles pour soulager les maux des 38 solitaires après un long bord de 150 milles, dense et disputé dans une mer courte et hachée. Aujourd’hui, l’heure est venue de « réparer » les hommes. Après un premier bilan médicale, place au massage pour détendre les muscles mis à rude épreuve.

« Nous restons assis à la barre durant des heures et, pour récupérer le mieux possible, nous travaillons avec les kinésithérapeutes sur la relaxation du dos et de la nuque », explique Erwan Tabarly (Thales – Armor Lux)à sa sortie de la tente médicale.

Laure Faÿ


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