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Skipper

DE PAS Damien

Un québécois met le pied dans la Mini

mercredi 31 octobre 2001Christophe Guigueno

“Dans le temps, au Québec, on avait la possibilité de donner à ses enfant un nom de famille différent. Ma mère, Dominique Manny, née en France, et mon père Carl Mailhot, on donc choisi de me donner le nom d’une rivière du grand Nord du Québec. Ils étaient partis là bas en 1968 pour faire une excursion en canot...”

image 300 x 161Damien au départ du Mini-Pavois photo : Ch.Guigueno

De la Rivière de Pas qui traverse tout le grand Nord du Québec, Damien, presque 23 ans, porte donc le nom. De ses parents, il porte aussi en lui la passion de la mer et des voyages. De 7 à 13 ans, le petit Damien a navigué autour du monde sur le voilier familial en compagnie de ses trois soeurs. De cette aventure sur un Damien 2, un voilier de 15 mètres, ses parents ont écrit un livre, La Vilmeuse autour du monde*. Le garçon quant à lui y a fait son apprentissage de la mer et de la vie avec sa mère qui “achète des livres de grammaire et de mathématiques lors des escales françaises”. Une formation de base qui se complète par des “recherches sur les peuples et les animaux rencontrés au cours des escales”.

Puis à l’âge de raison, Damien décide de se lancer dans ses propres projets. Il choisit alors de préparer la Mini-Transat, un course en solitaire qui part de France tous les deux ans. “Parce que j’ai été élevé sur l’eau, j’aime la mer et le large. J’avais le goût de renaviguer et j’avais fait une peu de régate en équipage mais je préfère vraiment la course au large.”

En 1997, il lit le livre d’Isabelle Autissier sur le Vendée Globe. “Je me suis dit qu’idéalement, si je pouvais faire moi aussi une carrière, la Mini, comme pour Isabelle, devrait me permettre de me lancer.” Si comme beaucoup de navigateurs français, Damien garde Éric Tabarly en référence, il appartient à une toute nouvelle génération qui a ses propres icônes. La première d’entre elles est Ellen MacArthur, de quatre ans seulement son aînée qui avait débuté sa carrière professionnelle en 1997 par la Mini-Transat. “Ellen MacArthur me fascine ! Depuis qu’elle a gagné la Route du Rhum en 1998, elle a montré qu’elle était un petit génie de la voile. Elle a de gros budgets mais elle s’est montrée à la hauteur. Elle a tracé son itinéraire parfaitement et rapidement.”

Fin 1998, Damien se rend en France avec ses parents. Dominique et Carl viennent présenter au Salon Nautique les deux volumes de leur livre. C’est alors qu’il “rencontre d’anciens coureurs de la Mini” auprès desquels il prend quelques conseils. “Ils m’ont dit que cela allait être difficile mais que cela valait la peine à cause de l’ambiance de la course et de son côte humain”. Le jeune québécois n’a pas encore l’idée de construire lui-même son bateau. Mais un prototype de course de 6,50 mètres de long ne se trouve pas dans son pays. La classe est surtout développée en France. De plus, on lui dit aussitôt qu’au Québec, il ne “sera pas capable de trouver un budget”. Il songe d’abord à louer un bateau d’occasion puis de retour dans son pays, il regarde les plans dessinés par les architectes navals spécialisés dans ce type de bateaux. Trois mois passent. Il s’associe avec d’autres navigateurs pour tenter de créer une classe pour ces voiliers au Québec. Il discute de son projet avec un chef de chantier de construction composite. Ensemble, ils décident de construire les moules et lancer la fabrication de plusieurs bateaux. “L’idée était de réunir cinq skippers mais un an plus tard il n’en reste qu’un seul. Il a été trop difficile de réunir de l’argent.” Le seul bateau sorti du moule est Dingo, celui que Damien a construit en collaboration avec ce chantier de Montréal sur les plans de l’architecte Brestois Pierre Rolland. “Selon notre accord, le moule appartient au chantier et pour sa fabrication comme pour celle de ma coque, ils m’ont employé. En mars 2000, la coque pontée est sortie du chantier et avec mes amis et ma famille on a terminé la bateau en novembre 2000” moins d’un an avant le départ de la course.

Pendant la construction, Damien reste en contact avec l’architecte du bateau par mail. Il demande aussi des renseignements à Ollivier Bordeau, le patron d’un chantier naval Brestois qui construit le même type de bateaux. Mais Damien se rend vite compte qu’il lui manque une certaine connaissance de la construction de voiliers prototypes de course au large pour terminer la fabrication de son mini. Il décide d’expédier son bateau par container vers le port Breton. “Le bateau est arrivé le 12 novembre à Brest. J’ai alors décidé de venir en France pour m’entraîner et comme je cherchais de travail à temps partiel, Ollivier m’a proposé de travailler dans son chantier.” Avant la fin de l’année, le voilier est mis à l’eau et c’est le 10 janvier que Damien peut enfin tirer ses premiers bords à la barre de son voilier de course.

La construction est enfin terminée, une autre mission attend le jeune marin-constructeur : se qualifier pour la Transat 650. Pour sa treizième édition, la transatlantique réservée aux marins solitaires à la barre de mini bateaux de 6,50 mètres de long a changé de parcours. L’arrivée classique aux Antilles est déplacée vers le Brésil. Le parcours s’en retrouve allongé de 200 milles et impose de traverser l’équateur et le fameux Pot au Noir. Avec les problèmes de sécurité rencontrés dans le golfe de Gascogne en 1999, les organisateurs ont aussi décidé de rendre les qualifications plus difficiles. Damien doit terminer les deux premières courses de la saison et effectuer un parcours de 1000 milles au large.

Lors de cette première course, au départ de Pornichet, le skipper du mini bleu et jaune découvre ses limites. “Je commence à halluciner. Les ombres sur le bateau prennent des formes humaines. Je me surprends à parler avec elles. À plusieurs reprises, je dois faire un effort pour revenir à la réalité : ‘Damien ! Arrête de fabuler ! Tu es tout seul sur ton bateau...’ Je chante pour garder les yeux ouverts...” Ecrit-il pour son site internet et le quotidien québécois qui suit son aventure. Mais un mois plus tard, ses deux courses terminées et ses 1000 milles accomplis, le futur concurrent de la Transat 650 Charente Maritime Bahia peut dresser un bilan positif.

Il écrit encore : “c’est comme si j’avais pris 10 ans d’expérience en un mois ! Honnêtement, je ne pensais pas que ça serait aussi difficile. Bien sûr, j’appréhendais la navigation en Bretagne, en Irlande et en Angleterre. C’est une dure école pour quelqu’un qui débute en solitaire. Mais le plus dur a été de vivre avec une pression constante, en sachant que la moindre erreur risquait de tout foutre en l’air. Je devais absolument terminer chaque course : les 300 milles de la Select 6,50 suivis des 700 milles du Mini-Pavois. Ensuite il me fallait boucler ce fameux parcours de 1000 milles hors-course. Si j’ai réussi tout ça, c’est que Dingo était bien préparé et j’en suis d’autant plus fier.”

Le 22 septembre, devant Fort Boyard, Damien va se retrouver à nouveau seul sur son bateau. Il s’apprêtera à mettre le cap vers les Canaries puis les côtes Brésiliennes. C’est à 15h30 que le coup de canon libérateur sera enfin donné... par Ellen MacArthur.

* La Vilmeuse autour du monde. Éditions ‘Groupe nautique grand Nord et bas Saint Laurent’.

Site à voir : Ocean Energie


Damien De Pas en quelques dates
• 26 octobre 1978 naissance à Sorel près de Montréal
• 1986-1991 voyages autour du monde en famille sur La Vilmeuse
• 1998 décide de se lancer dans un projet Mini-Transat
• octobre 1999 construction des moules de Dingo
• mars 2000 la coque est terminée
• 12 novembre 2000 arrivée du bateau à Brest
• 10 janvier 2001 premiers bords à la barre de Dingo
• 22 septembre 2001 départ de La Rochelle de la Transat 650


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